OGM Au Mexique, du maïs modifié aurait
parcouru cent kilomètres
Fabrice Nodé-Langlois
L'étude parue hier dans l'hebdomadaire Nature est
du pain béni pour les écologistes et les opposants
aux organismes génétiquement modifiés
(OGM). Des gènes de bactérie ajoutés
dans des variétés de maïs par les semenciers
comme Novartis ou Monsanto pour les rendre résistantes
aux insectes ravageurs ont été retrouvés
dans des grains de maïs traditionnels au Mexique. Que
les gènes d'une variété se retrouvent
dans une variété apparentée, par pollinisation,
n'est en rien surprenant ni nouveau.
Mais dans le cas présent, les plants de maïs
fécondés par des pollens transgéniques
se trouvaient à cent kilomètres des rares cultures
transgéniques autorisées les plus proches. Les
variétés traditionnelles étudiées
poussent dans des parcelles isolées, dans la province
d'Oaxaca, au sud du Mexique. " C'était difficile
de croire, au départ, que des plantes d'une région
aussi reculée pouvaient présenter des résultats
positifs aux analyses ", commente David Quist, de l'Université
de Californie, Berkeley, coauteur de l'étude avec le
chercheur mexicain Ignacio Chapela.
Pourtant, la méthode classique d'analyse, classique,
employée par les deux scientifiques, ne souffre pas
de contestation, selon Pierre-Henri Gouyon (CNRS-université
Paris-Sud, Orsay), l'un des meilleurs spécialistes
des OGM en France. Les analyses ont été conduites
dans deux laboratoires mexicains et un aux Etats-Unis, et
confirmés par une étude commandée par
le gouvernement mexicain. Il n'y a pas de doute, les séquences
génétiques identifiées dans les grains
de maïs traditionnel d'Oaxaca appartiennent bien à
des gènes ajoutés artificiellement par les grands
semenciers dans leurs variétés transgéntiques.
Quist et Chapela ne sont pas capables, en revanche, de déterminer
l'origine exacte de ces gènes étrangers.
Le résultat est d'autant plus étonnant qu'un
moratoire sur le maïs transgénique a été
décrété par les autorités mexicaines
en 1998. La présence des transgènes sur les
coteaux d'Oaxaca signifie donc qu' " il y a énormément
d'échanges génétiques entre variétés,
et que les transgènes persistent à travers les
générations ", déduit Pierre-Henri
Gouyon, " ou qu'il y a des cultures illégales
". Une explication n'étant pas exclusive de l'autre.
En France et en Europe, le risque de dissémination
de gènes de maïs transgéniques à
d'autres variétés ou espèces végétales
cultivées ou sauvages sont nuls, pour la bonne raison
que le maïs n'a pas de cousin sur notre continent. "
Mais le cas du Mexique est très important ", souligne
Pierre-Henri Gouyon. C'est en effet la contrée d'origine
du maïs d'où ont été exportées
toutes les variétés cultivées dans le
monde. C'est aussi le seul pays où subsistent encre
des variétés apparentées, ou des espèces
cousines comme le téosinte. Ces variétés
servent de " ressources génétiques pour
améliorer les variétés de culture, par
sélection naturelle ou croisement. Et si cette diversité
génétique était réduite, ce serait
grave ", avertit le spécialiste français.
Pas du tout, rétorque Val Giddings, de la Biotechnology
Industry Oranization, une association américaine de
semenciers, cité par l'agence Associated Press. Les
gènes étrangers dans les variétés
d'Oaxaca ne menacent pas la biodiversité, puisqu'ils
aident les plantes à survivre, en les faisant produire
leur propre insecticide, par exemple. Un trangène n'est
pas mauvais en soi, concède Pierre-Henri Gouyon. Mais
s'il " envahit les populations traditionnelles, il le
fait au détriment d'autres gènes " qui
peuvent avoir leur propre utilité. Le plus inquiétant,
à son sens, c'est que l'homme " n'a pas de maîtrise
sur le processus de dissémination une fois qu'il est
enclenché ". Et à l'heure de la mondilisation,
raisonner à l'échelle nationale ou continentale
n'a pas de sens. Des semences de maïs transgéniques
autorisées en Europe, parce que jugées sans
risque pour l'environnement local, finiraient par atterrir
sur le sol mexicain.
Les gènes étrangers retrouvés dans quelques
graines de maïs d'Oaxaca vont-ils persister sur plusieurs
générations de plantes ? Vont-ils s'imposer
à l'ensemble de la variété ou disparaître
? D'autres études seront nécessaires pour répondre.
David Quist, de Berkeley, a déjà forgé
sa conviction : " Les avantges des semences transgéniques
ne contrebalancent pas les risques qu'ils font peser sur la
sécurité alimentaire. "
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