Les Etats-Unis retirent de leur marché un million de tonnes de maïs transgénique
Le Monde - 04 octobre 2000


Des traces d'un maïs OGM, interdit à la consommation humaine, ont été retrouvées dans des galettes

LES FONCTIONNAIRES du ministère américain de l'agriculture commencent, cette semaine, à arpenter les régions de culture de maïs. Leur mission : visiter les fermes pour récupérer plus d'un million de tonnes de maïs génétiquement modifié. Le gouvernement vient en effet de décider de retirer du marché le maïs d'une certaine variété transgénique, qui pourrait avoir des effets allergènes. Autorisé pour l'alimentation animale, ce maïs Starlink, produit par la société européenne Aventis, n'est pas autorisé aux Etats-Unis pour la consommation humaine. Or on le retrouve en quantité non négligeable dans des galettes distribuées par la compagnie Kraft Food, filiale de Philip Morris.
L'histoire commence en août, quand l'association Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) demande à un laboratoire réputé pour ce type d'analyse, Genetic ID, de tester des galettes de maïs distribuées en supermarché. Elles sont fabriquées pour le compte de Kraft Food par une filiale de Pepsi-Cola au Mexique, avec de la farine moulue au Texas. Il s'agit de savoir si elles contiennent des traces de Starlink, un maïs doté d'un gène de résistance à certains insectes, dit Bt.
Genetic ID, basé à Fairfield, dans l'Iowa, analyse au moyen d'une technique classique de PCR (polymerase chain reaction) les galettes et découvre qu'elles contiennent du maïs Starlink dans une proportion de 1 %. Or si Starlink a été autorisé par l'EPA (Environmental Protection Agency, le ministère de l'environnement), en 1998, pour l'alimentation animale, il ne l'est pas pour les produits destinés aux humains. En effet, il est suspecté de présenter des caractères allergènes.
Les associations groupées dans un collectif, Genetically Engineered Food Alert, menacent alors l'USDA et les compagnies concernées d'un recours en justice. Kraft Food constate la contamination de ses produits et, le 22 septembre, décide de retirer de la vente les quelque 2,5 millions de boîtes de galettes en circulation. Le 26 septembre, Aventis annonce qu'elle arrête la commercialisation de la variété Starlink. Et quelques jours plus tard, l'EPA et l'USDA enjoignent la compagnie européenne de racheter aux cultivateurs concernés le maïs Starlink en circulation. Les administrations annoncent qu'elles procéderont elles-mêmes au retrait, et se feront rembourser ultérieurement par Aventis. Le coût de l'opération devrait atteindre 70 millions de dollars (518 millions de francs), la quantité concernée 1,10 million de tonnes, pour une surface de culture de 130 000 hectares. Cela représente 1 % de la production de maïs des Etats-Unis.

SÉCURITÉ MAXIMALE

La nouvelle est doublement importante : c'est la plus grande opération de retrait d'OGM jamais effectuée, et c'est la première fois que les Etats-Unis sont eux-mêmes impliqués dans un phénomène de contamination transgénique. Les associations environnementales ont enfin réussi à y attirer l'attention des consommateurs et à prouver de manière incontestable le caractère incontrôlé de la diffusion des OGM. De surcroît, les grands groupes agroalimentaires ont choisi, plutôt que l'affrontement, la voie de la sécurité maximale. La réaction de Kraft Food a été soutenue par une organisation professionnelle de distributeurs, la Grocery Manufacturers of America. Kraft Food ne s'est d'ailleurs pas contentée de retirer les produits litigieux : elle n'a pas hésité à émettre des « recommandations » aux autorités. Elle demande notamment que les autorisations pour des OGM ne puissent être partielles, c'est-à-dire ne distinguent pas alimentation humaine et animale. Elle requiert de surcroît que des procédures de détection incontestables soient mises en place et appliquées systématiquement. Au total, la position des promoteurs des OGM vient de recevoir un coup très violent. L'ironie est que cela provienne d'un produit développé en Europe, le continent moteur de la contestation antitransgénique.

Hervé Kempf

 

> Imprimez cet article X Fermer la fenêtre