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Des traces d'un maïs OGM, interdit à la consommation
humaine, ont été retrouvées dans des
galettes
LES FONCTIONNAIRES du ministère américain de
l'agriculture commencent, cette semaine, à arpenter
les régions de culture de maïs. Leur mission :
visiter les fermes pour récupérer plus d'un
million de tonnes de maïs génétiquement
modifié. Le gouvernement vient en effet de décider
de retirer du marché le maïs d'une certaine variété
transgénique, qui pourrait avoir des effets allergènes.
Autorisé pour l'alimentation animale, ce maïs
Starlink, produit par la société européenne
Aventis, n'est pas autorisé aux Etats-Unis pour la
consommation humaine. Or on le retrouve en quantité
non négligeable dans des galettes distribuées
par la compagnie Kraft Food, filiale de Philip Morris.
L'histoire commence en août, quand l'association Friends
of the Earth (Les Amis de la Terre) demande à un laboratoire
réputé pour ce type d'analyse, Genetic ID, de
tester des galettes de maïs distribuées en supermarché.
Elles sont fabriquées pour le compte de Kraft Food
par une filiale de Pepsi-Cola au Mexique, avec de la farine
moulue au Texas. Il s'agit de savoir si elles contiennent
des traces de Starlink, un maïs doté d'un gène
de résistance à certains insectes, dit Bt.
Genetic ID, basé à Fairfield, dans l'Iowa, analyse
au moyen d'une technique classique de PCR (polymerase chain
reaction) les galettes et découvre qu'elles contiennent
du maïs Starlink dans une proportion de 1 %. Or si Starlink
a été autorisé par l'EPA (Environmental
Protection Agency, le ministère de l'environnement),
en 1998, pour l'alimentation animale, il ne l'est pas pour
les produits destinés aux humains. En effet, il est
suspecté de présenter des caractères
allergènes.
Les associations groupées dans un collectif, Genetically
Engineered Food Alert, menacent alors l'USDA et les compagnies
concernées d'un recours en justice. Kraft Food constate
la contamination de ses produits et, le 22 septembre, décide
de retirer de la vente les quelque 2,5 millions de boîtes
de galettes en circulation. Le 26 septembre, Aventis annonce
qu'elle arrête la commercialisation de la variété
Starlink. Et quelques jours plus tard, l'EPA et l'USDA enjoignent
la compagnie européenne de racheter aux cultivateurs
concernés le maïs Starlink en circulation. Les
administrations annoncent qu'elles procéderont elles-mêmes
au retrait, et se feront rembourser ultérieurement
par Aventis. Le coût de l'opération devrait atteindre
70 millions de dollars (518 millions de francs), la quantité
concernée 1,10 million de tonnes, pour une surface
de culture de 130 000 hectares. Cela représente 1 %
de la production de maïs des Etats-Unis.
SÉCURITÉ MAXIMALE
La nouvelle est doublement importante : c'est la plus grande
opération de retrait d'OGM jamais effectuée,
et c'est la première fois que les Etats-Unis sont eux-mêmes
impliqués dans un phénomène de contamination
transgénique. Les associations environnementales ont
enfin réussi à y attirer l'attention des consommateurs
et à prouver de manière incontestable le caractère
incontrôlé de la diffusion des OGM. De surcroît,
les grands groupes agroalimentaires ont choisi, plutôt
que l'affrontement, la voie de la sécurité maximale.
La réaction de Kraft Food a été soutenue
par une organisation professionnelle de distributeurs, la
Grocery Manufacturers of America. Kraft Food ne s'est d'ailleurs
pas contentée de retirer les produits litigieux : elle
n'a pas hésité à émettre des «
recommandations » aux autorités. Elle demande
notamment que les autorisations pour des OGM ne puissent être
partielles, c'est-à-dire ne distinguent pas alimentation
humaine et animale. Elle requiert de surcroît que des
procédures de détection incontestables soient
mises en place et appliquées systématiquement.
Au total, la position des promoteurs des OGM vient de recevoir
un coup très violent. L'ironie est que cela provienne
d'un produit développé en Europe, le continent
moteur de la contestation antitransgénique.
Hervé Kempf
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