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Le Figaro. - La conférence de citoyens est organisée
alors que l'autorisation de cultiver du maïs transgénique
est déja prise. N'est pas un peu vain ?
Dominique Voynet. - Si le gouvernement précédent
avait été plus prudent, on aurait pu réunir
la conférence de citoyens avant d'autoriser la mise
en culture du maïs Novartis. J'ai entériné
la décision, car c'est la France qui avait initié
la demande auprès de la Commission européenne.
J'ai notamment fait état de mes réticences sur
un point qui n'a pas été assez débatu
: ces plantes sont-elles vraiment utiles pour les agriculteurs
? J'ai l'impression que le débat n'est pas tranché
entre eux. Certains craignent la dépendance accentuée
des grandes firmes agroalientaires et la disparition des petites
exploitations. Par ailleurs, il y a de nombreuses autres autorisations
en instance, pour lesquelles la conférence arrive au
bon moment.
- Si les citoyens émettent un avis très
réticent, comment le gouvernement en tiendra compte
?
- Aujourd'hui, il faut assumer le fait de dire que nous ne
pouvons apporter de réponses définitives à
certaines inquiétudes. Le gouvernement a évolué
avec les citoyens sur un débat qui n'existait pas même
pas il y a quelques années. J'ai entendu au Conseil
européen les Danois, les Italiens, les Suédois
dire qu'ils ne voteraient pas la proposition de la commission
(NDLR : contre l'Autriche et le Luxembourg). Cela veut dire
que le débat qui est politique et non technique fait
du chemin dans l'opinion publique. S'il y a une position solide
au niveau européen pour dire : "on ne souhaite
pas accepter l'arrivée sur notre continent de pratiques
qui n'apportent pas d'avantages à notre agriculture",
ce ne sera pas un drame.
Il faut aussi se demander si le risque est acceptable, au
regard des bénéfices attendus. Les manipulations
génétiques pour les applications médicales
ne font pas débat dans notre société
parceque leur bénéfice est immense au regard
des risques. Personne ne dit qu'il ne faut plus faire de synthèse
d'insuline ou d'hormone de croissance par génie génétique.
Dans le cas des OGM en agriculture, c'est beaucoup moins clair.
- N'est-il pas déjà trop tard pour les consommateurs,
qui seront forcés de manger des plats contenant des
OGM ?
- Beaucoup d'aliments en contiennent probablement, il faut
être lucide. Des produits contenant des OGM sont déjà
commercialisés sans étiquetage. D'autres trompent
sciement le consommateur en disant : "Produit avec des
biotechnologies modernes". A cette égard, les
règles d'étiquetage qui viennet d'être
approuvées par Bruxelles clarifient tout de même
la question.
Malheureusement, je ne crois pas qu'il puisse y avoir une
traçabilité parfaite. Il y a quelques années,
on avait retrouvé dans un pays du tiers monde des blès
contaminés par Tchernobyl, blanchis sous pavillion
d'un Etat européen, exportés avec des subventions
européennes au titre de l'aide alimentaire. Pourtant,
c'est bien plus simple de détecter un aliment radioactif
qu'un aliment transgénique.
Pas démocratique
A mon sens, les produits devraient être en fait présumés
contenant des OGM, sauf si un étiquetage les garantit
sans OGM, et non l'inverse. Le doute devrait bénéficier
aux consommateurs qui veut être sûr de ne pas
manger tra,sgénique s'il le désire. Malheureusement,
pour des raisons administratives, nous n'avons pas pu prposer
cet amendement dans la décision sur l'étiquetage
: nous n'avions le choix qu'entre le compromis qui a été
adopté et la position initiale de la Commission qui
était pire.
Il y a d'ailleurs là un vrai problème dans
la prise de décision européenne sur les OGM,
qui n'est pas très démocratique.
C'est un dossier très dur et horriblement complexe.
Aujourd'hui, je suis extrèmement frustrée de
ne pas pouvoir donner des arguments solides au consommateur.
Propos recueillis par F.N.-L.
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