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"La question de la responsabilité n'est pas
résolue", entretien avec Guy Riba, directeur scientifique
en plantes et produits du végétal à l'Institut
national de la recherche agronomique (INRA)
Peut-on aujourd'hui être certain de l'innocuité
à long terme des OGM dans notre alimentation ?
Aucune donnée ne permet à ce jour de penser
que les produits transgéniques posent un problème
de santé publique. Chaque jour, près de trois
milliards d'individus consomment des aliments contenant au
moins un ingrédient dérivé d'une plante
transgénique
Aucun problème de santé
n'est évoqué. Il n'y a pour l'instant aucune
raison qui permette de penser que la consommation d'OGM posera
à long terme un problème de santé spécifiquement
induit par la transgénèse. Ceci n'est pas incompatible
avec la nécessité de maintenir l'ensemble des
instances d'évaluation et d'exiger de la transparence.
Il est normal et légitime que le consommateur soit
informé, mais cette information n'est pas liée
à un hypothétique risque
Si un jour il
y a un danger, alors l'aliment en cause doit être immédiatement
et totalement supprimé.
Est-il possible de faire cohabiter agricultures avec OGM,
conventionnelle et biologique sans risque de "pollution"
?
A partir de 5 mètres de la périphérie
d'un champ, les risques de pollinisation par des flux de pollen
sont inférieurs à quelque 3 %. Pour autant,
il est impossible de concevoir un système de production
totalement hermétique. Il y aura donc toujours quelques
mètres carrés d'un champ conventionnel ou "bio"
contaminés par un champ OGM voisin, de même que
ce champ transgénique sera lui-même contaminé
par les champs limitrophes. Sauf situation exceptionnelle
identifiable a priori ou a posteriori, ces contaminations
resteront mineures. Les autres sources de contamination proviennent
des repousses à partir de graines délaissées
au sol (dans le cas du colza, ces graines peuvent survivre
plusieurs années) ou bien tombées des remorques
ou restées dans le fond des silos. Il est donc impossible
d'imaginer une séparation totale entre cultures conventionnelles,
transgéniques et biologiques. Et indispensable que
des exigences de moyens soient édictées pour
chaque type de production et que des seuils de tolérance
soient définis. Cela est parfaitement possible, y compris
pour le "bio".
De nombreuses inventions et découvertes ont semblé
révolutionnaires un temps puis se sont révélées
mortelles après des dizaines d'années d'exploitation
(DDT, amiante...). Ne doit-on pas craindre la même chose
des OGM ?
Non, car dès le début on savait que le DDT
(neurotoxique) posait des problèmes de santé
publique. Malgré tout, le risque a été
pris parce que les gens mouraient par dizaines de millions
de la malaria... Or le DDT a sauvé bien plus de vies
qu'il n'en a supprimées. Il est normal aujourd'hui
qu'il soit interdit et remplacé par des molécules
au spectre toxémique plus sûr.
En matière de recherche, pourquoi faire de la culture
OGM à ciel ouvert ?
Les essais en plein champ doivent être conduits avec
parcimonie, précaution et transparence. Les anti-OGM
ont évoqué le risque d'hybridation entre colza
trangénique et ravenelle. Des essais de laboratoires
et en serre ont montré qu'en conditions forcées,
des échanges génétiques avaient lieu
entre ces espèces. Pour connaître la réalité
de ces phénomènes dans la nature et évaluer
la capacité de ces plantes hybrides à surmonter
la compétition avec colzas ou ravenelles sauvages et
à résister aux conditions de l'environnement,
il faut réaliser des études en plein champ en
conditions naturelles. C'est au nom des connaissances que
l'on nous demande d'acquérir et seulement dans les
cas où l'on ne peut faire autrement que les essais
OGM sont conduits.
Le maintien du moratoire européen aura-t-il des
conséquences sur la recherche ?
Le maintien du moratoire n'aura pas d'impact direct sur la
recherche. Néanmoins, il est regrettable de constater
qu'il y a une confusion entre génomique et OGM. La
génomique peut servir à concevoir des OGM, mais
elle sert surtout à accélérer l'amélioration
classique des plantes pour faire des variétés
conventionnelles plus efficaces et plus précises.
Les différents scandales alimentaires qui ont frappé
l'Europe ces dernières années sont pour beaucoup
dans les craintes qu'inspirent les OGM. Si demain les plantes
génétiquement modifiées sont à
l'origine de nouveaux maux, qui serait responsable ?
La question de la responsabilité n'est pas tranchée,
mais elle porte davantage sur le risque agronomique et économique
que sur un risque de santé publique. Il est important
et urgent que cette question soit tranchée car, en
effet, c'est aujourd'hui un frein au développement
des cultures OGM . Pour résoudre ce problème,
il faut que des seuils de tolérance soient établis
et que des prévisions de flux soient estimées
à l'échelle de bassins de production. Des méthodes
de traçabilité doivent également être
mises en uvre. Enfin, il faut que des techniques d'isolement
des récoltes soient conçues. Autrement dit,
cette question élargit le problème de la production
au champ pour intégrer la collecte, le stockage et
la distribution.
Pour le consommateur, en bout de chaîne, quel est
l'intérêt de consommer des produits OGM ?
Aujourd'hui, les OGM ne présentent aucun intérêt
pour le consommateur, mais qu'en sera-t-il demain avec de
nouveaux produits ? C'est au nom du potentiel offert par les
biotechnologies que la recherche publique s'organise pour
acquérir des connaissances sur leurs avantages et leurs
risques.
Propos recueillis par Eric Nunès

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