Le discours de M. Raffarin sur le développement durable
déçoit les associations
Le Monde - 02 juillet 2002


Rennes de notre envoyé spécial

Jean-Pierre Raffarin n'a guère impressionné les quelque 700 personnes qui participent aux Journées de préparation du sommet de Johannesburg (Afrique du Sud), qui se tiennent à Rennes le lundi 1er et le mardi 2 juillet. Le discours d'ouverture, prononcé lundi par le premier ministre, était parsemé de termes comme "terre patrie", "mobilisation", "intime conviction" ou "engagement" (Le Monde du 2 juillet), mais il est apparu sans grand contenu à ceux qui réclament une politique réellement engagée en faveur du développement durable, c'est-à-dire une démarche intégrant pleinement le souci à long terme de l'environnement.

Pour Bruno Rebelle, de Greenpeace France, "il n'y avait pas dans le discours du premier ministre une seule interrogation pour savoir si la politique française était compatible avec le développement durable". Carlos de Freitas, pour le collectif d'associations Joburg 2002, estime que "les officiels ne croient qu'à moitié au développement durable. Ils ne sont pas conscients du péril écologique dans lequel se trouve la planète". Plus prosaïquement, un haut fonctionnaire observe "une remontée au pouvoir du ministère des finances très forte", ce qui devrait limiter l'ambition de la politique environnementale du nouveau gouvernement.

Mais si M. Raffarin n'a pas convaincu les acteurs du développement durable, le gouvernement n'est pas venu absolument sans idées. Plus précise, la ministre de l'écologie, Roselyne Bachelot, a affirmé que les entreprises devaient investir "massivement dans la recherche sur les énergies renouvelables". Encore faut-il "qu'elles aient un véritable marché devant elles. Les pays industrialisés doivent donc montrer l'exemple en développant l'utilisation des énergies renouvelables en leurs fins, là où existent des marchés rentables". Elle a, par ailleurs, annoncé qu'en matière de développement durable, la France collaborera avec les pays du bassin méditerranéen avec "une attention toute particulière". Enfin, Mme Bachelot a pris nettement position en faveur de la "création d'une organisation mondiale de l'environnement", destinée explicitement à rééquilibrer l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En effet, le gouvernement français observe que les conventions en matière d'environnement (protocole de Kyoto, protocole sur la biosécurité) n'ont pas de dispositif de contrôle comparable à celui de l'OMC. Ainsi, note Mme Bachelot, "les mesures environnementales ayant un lien avec le commerce risquent d'être mises en échec par la jurisprudence de l'OMC (...) Notre objectif est d'aboutir à un consensus international sur ce sujet qui permettrait de jeter les bases d'une telle organisation à la conférence de Johannesburg".

Il y a là, sans doute, le cour de la position qu'adoptera le président de la République, Jacques Chirac, s'il parvient à en convaincre ses partenaires européens.

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