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Implantés en pleine mer, les parcs éoliens
causent moins de nuisances sonores et visuelles tout en assurant
une production d'électricité plus régulière.
Industriels et pétroliers cherchent à réduire
les coûts d'installation et de maintenance des machines.
Avec des machines plus grandes et plus performantes, l'énergie
éolienne ne se satisfait plus des sites isolés
tels que le plateau du Larzac ou le massif des Corbières.
"Les sites d'avenir sont les zones industrielles ou portuaires,
ainsi que l'offshore, avec des éoliennes géantes
implantées à quelques kilomètres des
côtes et reliées au réseau électrique
par un câble sous-marin", déclare André
Antolini, président du syndicat des énergies
renouvelables. Encore faut-il trouver des emplacements à
l'écart des routes maritimes, des liaisons hertziennes,
des zones militaires ou aériennes...
Un parc éolien de 11 machines de 450 kilowatts (kW)
fonctionne depuis 1991 au large de l'île danoise de
Lolland, en mer Baltique, avec des résultats très
satisfaisants et une production d'électricité
de 20 % supérieure à celle des éoliennes
terrestres comparables. Le laboratoire danois de Risoe a montré
que les vents sont moins turbulents à la surface de
la mer qu'au-dessus des terres, ce qui assure aux éoliennes
offshore une production plus régulière. Le transport
de l'électricité par câble sous-marin
ne pose, par ailleurs, pas de difficultés techniques.
Un transformateur en pleine mer livre au câble l'électricité
des éoliennes sous forme de courant continu (une trentaine
de kW). Le câble est enfoui sous le fond marin (ensouillé)
pour ne pas gêner les pêcheurs. Les éoliennes
offshore sont posées sur le fond et stabilisées
par des caissons en béton armé. Le poids d'une
telle structure s'élève à un millier
de tonnes. Les industriels développent aujourd'hui
d'autres techniques de fondation comme des caissons en acier
remplis de minéral ou des fondations légères
à trois pieds, inspirées des techniques pétrolières.
Ces méthodes autorisent des profondeurs de plus de
15 mètres, ce qui permet d'éloigner les éoliennes
entre 7 et 40 km du rivage, de façon à limiter
leur impact visuel.
L'éolien offshore reste malgré tout 1,5 à
2 fois plus cher que l'éolien terrestre en raison des
surcoûts liés à la construction, aux interventions
de maintenance et au transport de l'électricité
par câble sous-marin. Pour compenser ces surcoûts,
les investisseurs misent sur les économies d'échelle
et les progrès de la technologie.
Le Danemark et la Suède ont lancé d'ambitieux
projets de parcs éoliens de plusieurs centaines de
mégawatts en mer Baltique. voir séquence Sciences
Dans les deux prochaines années, au large de la Belgique,
sur une surface de 150 km2, Electrabel prévoit d'installer
un parc de 400 MW avec des machines géantes dotées
de pales de 80 mètres de diamètre. L'Irlande
s'est également lancée dans un projet similaire
de 500 MW avec le concours de Shell. Le pétrolier a
vu dans ce projet de plus d'une centaine d'éoliennes
géantes l'occasion d'employer son savoir-faire dans
la construction de plates-formes.
TotalFinaElf n'est pas en reste. Le groupe français
s'apprête à construire cinq machines d'une puissance
totale de 12 MW (limite réglementaire en France) à
côté de la raffinerie de Dunkerque, pour 13 millions
d'euros. "Nous voulons comparer le savoir-faire de différents
constructeurs en vue de nos futurs investissements dans l'offshore",
déclare Patrice Brès, directeur des énergies
renouvelables de TotalFinaElf.
Au large de Zeebrugge, en Belgique, entre 8 et 12 km des côtes,
le pétrolier va construire en 2003 un premier ensemble
de 40 éoliennes (100 MW au total), espacées
de 400 mètres sur des fonds de 8 à 10 mètres.
Il prépare un autre projet de 40 MW, par 30 mètres
de fond, au large de Port-la-Nouvelle, subordonné à
l'abrogation par le gouvernement français de la limite
de 12 MW pour les installations autonomes de production d'électricité.
"IMPASSES TECHNIQUES"
Patrice Brès exclut la construction d'éoliennes
au-delà de quelques dizaines de kilomètres des
côtes en raison du coût des interventions de maintenance,
de la longueur des câbles et des difficultés
d'arrimage des éoliennes sur le fond de la mer. Il
ne croit pas plus à l'utilisation des éoliennes
pour produire de l'hydrogène destiné aux piles
à combustible, en raison "d'impasses techniques
comme le stockage en pleine mer de l'hydrogène à
haute pression".
Les constructeurs ont bon espoir de réduire rapidement
le coût de construction des machines et surtout d'en
minimiser les défaillances et la maintenance. Pour
cela, il doivent résoudre une contrainte qui s'impose
à toutes les éoliennes : leur vitesse linéaire
périphérique, à l'extrémité
des pales, ne doit pas dépasser 0,3 mach (300 km/h)
pour ne pas générer des fréquences inacceptables
pour l'oreille humaine. "Plus les machines grandissent
en taille, plus il est nécessaire de limiter leur vitesse
angulaire", indique Pascal Berlu, responsable des projets
R & D à l'Ademe. "Les éoliennes offshore
ne doivent pas dépasser les 20 tours/minute, ce qui
impose des génératrices adaptées à
ces très basses vitesses.
" Sur la plupart des éoliennes, le rotor (l'hélice)
est lié à un multiplicateur à plusieurs
étages de pignons qui fait tourner un arbre rapide
jusqu'à 1 500 tours par minute. A cette vitesse, la
génératrice produit un courant alternatif de
fréquence variable en fonction de la vitesse du vent,
qui est redressé et converti en 50 Hz pour le réseau
EDF. Le danois Vestas arrive à de bonnes performances
avec cette technologie.
L'allemand Enercon et le hollandais Lagerwey proposent des
génératrices sans multiplicateur tournant à
la vitesse des pales, soit 20 à 30 tours par minute.
Des électroaimants créent un courant induit
dans les bobinages du stator tout en freinant les pales. Le
français Jeumont Industrie s'est aussi lancé
dans la construction d'aérogénérateurs
sans multiplicateur, avec une induction par aimant permanent
et une génératrice relativement compacte. "Nous
tirons parti de notre expérience dans la fabrication
de génératrices à basse vitesse pour
les sous-marins", précise Jean-Guy de Montmorillon,
directeur général de Jeumont Industrie. Les
éoliennes à génératrice lente,
plus coûteuses, nécessitent moins d'entretien
et de pièces de rechange. Elles ont donc toutes leurs
chances dans les futurs parcs offshore.
André Larané
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