La France doit installer 3 000 à 5 000 MW en 10 ans
Le Monde - 02 avril 2002


L'Europe a fixé à 21 % la part d'électricité devant provenir d'énergies renouvelables d'ici à 2010.

La production d'électricité à partir du vent est devenue un secteur industriel profitable et créateur d'emplois au Danemark, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne. C'est un juste retour des choses. L'énergie éolienne et son pendant, l'énergie hydraulique, sont utilisées en Europe depuis le Moyen Age. Elles ont même joué un rôle majeur dans le décollage économique de l'Occident. Dans son ouvrage La Révolution industrielle du Moyen Age (Seuil, 1975), l'historien Jean Gimpel évalue à un millier de MW, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire, la puissance totale des moulins médiévaux.

Une directive de la Commission européenne a fixé à 21 % la part de leur électricité que les Etats de l'Union devraient puiser en 2010 dans les énergies renouvelables (éolienne, hydraulique, solaire, biomasse...). Le Danemark a déjà atteint et dépassé cet objectif grâce à la construction d'aérogénérateurs, des éoliennes qui produisent de l'électricité.

NUISANCES MINIMES

Ces machines n'ont que des avantages en matière énergétique. Elles fournissent de l'électricité à proximité des lieux de consommation, ne consomment pas d'énergie fossile et ne génèrent pas de gaz à effet de serre. Leur construction revient tout compris à environ 1 000 euros par kW installé. "En 2030, sur les meilleurs sites, le coût de revient du kWh éolien pourrait tomber aux environs de 3 centimes d'euro, soit autant que le kWh d'une turbine à gaz à cycle combiné et à peine plus que le kWh nucléaire", déclare Bernard Chabot, expert à l'Agence de l'environnement (Ademe).

Les aérogénérateurs actuels se présentent comme des mâts de plusieurs dizaines de mètres, hérissés de deux ou trois pales. Leur puissance est proportionnelle à la surface balayée par les pales. Un rotor de 40 m de diamètre correspond à une puissance installée d'environ 600 kW, et un rotor de 80 m à près de 2,5 MW. La rotation des pales occasionne, quand il y a du vent, un très léger bruit de fond. Mais le principal inconvénient est d'ordre visuel. Toutefois, au Danemark, où les deux tiers des éoliennes sont exploitées par des agriculteurs, ces derniers acceptent leur présence sans difficulté.

Dans l'Hexagone, les projets d'aérogénérateurs ont longtemps buté sur la mauvaise volonté d'EDF, des pouvoirs publics et de l'opinion. En 1996, les ministères de l'environnement et de l'industrie ont lancé le programme Eole 2005. Il s'est traduit par de nombreux appels d'offres et une sélection des projets les plus performants. Clôturé l'an dernier, il a permis la sélection de 55 projets totalisant 650 éoliennes et une puissance installée de 360 MW. Treize projets ont été réalisés à ce jour, pour une puissance totale de 53 MW, qui s'ajoute aux 13 MW installés avant 1996 (Port-la-Nouvelle, Dunkerque, La Désirade). Avec un total de 66 MW, la France reste très loin de l'Allemagne (8 750 MW installés, dont 2 600 dans la seule année 2001), de l'Espagne, des Pays-Bas et du Danemark. Pour se conformer à l'objectif de Bruxelles concernant les énergies renouvelables, elle devra installer, d'ici dix ans, un minimum de 3 000 à 5 000 MW éoliens pour un investissement de 3 à 5 milliards d'euros (le prix d'une ou deux tranches nucléaires).

Par un décret du 6 juin 2001, le ministère de l'industrie garantit à tous les producteurs d'électricité renouvelable un prix de rachat d'environ 8 centimes d'euro par kWh pendant les cinq premières années d'exploitation. A titre de comparaison, le prix de revient ordinaire du kWh est de l'ordre de 3 centimes d'euro. Le surcoût payé par EDF aux producteurs d'électricité renouvelable figurera en clair dans les factures des abonnés, sous la forme d'un fonds de compensation. Les investisseurs sont libres de mener leurs projets à leur guise, sous réserve qu'ils obtiennent toutes les autorisations requises et que leurs projets ne dépassent pas la puissance de 12 MW en vertu des lois sur la production d'énergie protégeant le pré carré d'EDF.

Les projets d'aérogénérateurs ont afflué à l'Accès au réseau de distribution (ARD), le département d'EDF qui gère les raccordements au réseau. Les pouvoirs publics vont les soumettre à une enquête d'utilité publique, une charte paysagère et des schémas d'implantation régionaux. Des procédures qui pourraient refroidir le zèle des investisseurs. "L'administration s'est réservé la possibilité de suspendre à tout moment l'obligation d'achat, et elle ne s'en privera pas si la pression écologiste faiblit", estime Jean-Michel Germa, président de l'association France énergie éolienne (FEE).

En Europe du Nord, où le prix de rachat garanti a rempli sa mission, les pouvoirs publics songent à octroyer des "certificats verts" aux producteurs d'énergie renouvelable et à imposer aux producteurs et aux consommateurs un certain quota d'énergies renouvelables. Séduisante, l'idée se révèle délicate à mettre en place.

André Larané

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