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L'Europe a fixé à 21 % la part d'électricité
devant provenir d'énergies renouvelables d'ici à
2010.
La production d'électricité à partir
du vent est devenue un secteur industriel profitable et créateur
d'emplois au Danemark, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne.
C'est un juste retour des choses. L'énergie éolienne
et son pendant, l'énergie hydraulique, sont utilisées
en Europe depuis le Moyen Age. Elles ont même joué
un rôle majeur dans le décollage économique
de l'Occident. Dans son ouvrage La Révolution industrielle
du Moyen Age (Seuil, 1975), l'historien Jean Gimpel évalue
à un millier de MW, soit l'équivalent d'un réacteur
nucléaire, la puissance totale des moulins médiévaux.
Une directive de la Commission européenne a fixé
à 21 % la part de leur électricité que
les Etats de l'Union devraient puiser en 2010 dans les énergies
renouvelables (éolienne, hydraulique, solaire, biomasse...).
Le Danemark a déjà atteint et dépassé
cet objectif grâce à la construction d'aérogénérateurs,
des éoliennes qui produisent de l'électricité.
NUISANCES MINIMES
Ces machines n'ont que des avantages en matière énergétique.
Elles fournissent de l'électricité à
proximité des lieux de consommation, ne consomment
pas d'énergie fossile et ne génèrent
pas de gaz à effet de serre. Leur construction revient
tout compris à environ 1 000 euros par kW installé.
"En 2030, sur les meilleurs sites, le coût de revient
du kWh éolien pourrait tomber aux environs de 3 centimes
d'euro, soit autant que le kWh d'une turbine à gaz
à cycle combiné et à peine plus que le
kWh nucléaire", déclare Bernard Chabot,
expert à l'Agence de l'environnement (Ademe).
Les aérogénérateurs actuels se présentent
comme des mâts de plusieurs dizaines de mètres,
hérissés de deux ou trois pales. Leur puissance
est proportionnelle à la surface balayée par
les pales. Un rotor de 40 m de diamètre correspond
à une puissance installée d'environ 600 kW,
et un rotor de 80 m à près de 2,5 MW. La rotation
des pales occasionne, quand il y a du vent, un très
léger bruit de fond. Mais le principal inconvénient
est d'ordre visuel. Toutefois, au Danemark, où les
deux tiers des éoliennes sont exploitées par
des agriculteurs, ces derniers acceptent leur présence
sans difficulté.
Dans l'Hexagone, les projets d'aérogénérateurs
ont longtemps buté sur la mauvaise volonté d'EDF,
des pouvoirs publics et de l'opinion. En 1996, les ministères
de l'environnement et de l'industrie ont lancé le programme
Eole 2005. Il s'est traduit par de nombreux appels d'offres
et une sélection des projets les plus performants.
Clôturé l'an dernier, il a permis la sélection
de 55 projets totalisant 650 éoliennes et une puissance
installée de 360 MW. Treize projets ont été
réalisés à ce jour, pour une puissance
totale de 53 MW, qui s'ajoute aux 13 MW installés avant
1996 (Port-la-Nouvelle, Dunkerque, La Désirade). Avec
un total de 66 MW, la France reste très loin de l'Allemagne
(8 750 MW installés, dont 2 600 dans la seule année
2001), de l'Espagne, des Pays-Bas et du Danemark. Pour se
conformer à l'objectif de Bruxelles concernant les
énergies renouvelables, elle devra installer, d'ici
dix ans, un minimum de 3 000 à 5 000 MW éoliens
pour un investissement de 3 à 5 milliards d'euros (le
prix d'une ou deux tranches nucléaires).
Par un décret du 6 juin 2001, le ministère de
l'industrie garantit à tous les producteurs d'électricité
renouvelable un prix de rachat d'environ 8 centimes d'euro
par kWh pendant les cinq premières années d'exploitation.
A titre de comparaison, le prix de revient ordinaire du kWh
est de l'ordre de 3 centimes d'euro. Le surcoût payé
par EDF aux producteurs d'électricité renouvelable
figurera en clair dans les factures des abonnés, sous
la forme d'un fonds de compensation. Les investisseurs sont
libres de mener leurs projets à leur guise, sous réserve
qu'ils obtiennent toutes les autorisations requises et que
leurs projets ne dépassent pas la puissance de 12 MW
en vertu des lois sur la production d'énergie protégeant
le pré carré d'EDF.
Les projets d'aérogénérateurs ont afflué
à l'Accès au réseau de distribution (ARD),
le département d'EDF qui gère les raccordements
au réseau. Les pouvoirs publics vont les soumettre
à une enquête d'utilité publique, une
charte paysagère et des schémas d'implantation
régionaux. Des procédures qui pourraient refroidir
le zèle des investisseurs. "L'administration s'est
réservé la possibilité de suspendre à
tout moment l'obligation d'achat, et elle ne s'en privera
pas si la pression écologiste faiblit", estime
Jean-Michel Germa, président de l'association France
énergie éolienne (FEE).
En Europe du Nord, où le prix de rachat garanti a rempli
sa mission, les pouvoirs publics songent à octroyer
des "certificats verts" aux producteurs d'énergie
renouvelable et à imposer aux producteurs et aux consommateurs
un certain quota d'énergies renouvelables. Séduisante,
l'idée se révèle délicate à
mettre en place.
André Larané
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