Plus de vent, plus d'espace, meilleur impact social et paysager...
La mer est le cadre idéal pour implanter un parc éoliende
grande puissance. Promoteurs et équipementiers rivalisent
de projets.
Les mouettes n'ont qu'à bien se tenir. L'éolien
offshore, c'est à dire l'utilisation des vents marins
comme source d'électricité, est promis à
un fort développement. "Le potentiel se monterait
à 3000 TWh par an, c'est à dire l'équivalent
de la consommation totale d'électricité de l'Union
européenne", lit-on dans le communiqué de
présentation d'un colloque qui s'est tenu sur le sujet
à Bruxelles mi-décembre. EWEA (European Wind Energy
Assocaition), l'organisateur, s'est fixé pour objectif
d'installer 5000 MW en mer d'ici à 2010, contre 86 fin
2001. Mais la filière doit, comme l'éolien terrestre,
faire preuve d'écologie et d'économie pour se
rendre crédible. D'économie, car le coût
des travaux s'envole très vite à cause des fondations
et du raccordement. "Il faut compter 1.5 à 2 millions
d'euros par mégawatt, contre 1 à 1,2 million sur
terre", chiffre Patrice Brès, directeur des énergies
renouvelables chez TotalFinaElf. Et d'écologie, car même
si les nuisances sont moins perceptibles qu'à terre,
un parc interfère forcément sur les milieux. "On
dit que l'offshore résout les problèmes fonciers,
mais entre la pêche, le tourisme, le trafic maritime et
les couloirs de migration des oiseaux, les conflits d'usage
de l'espace sont au moins aussi forts", témoigne
François Paul, chez Espace Eolien Développement.
Le potentiel français
Première façade maritime communautaire, la France
est dans l'oeil du cyclone.Signe qu'un marché éclôt,
trois constructeurs, et non des moindres (Vestas, Nordex et
Enron), y ont ouvert une filiale en l'espace de huit mois. Il
faut dire que le pays compte beaucoup sur le vent pour honorer
l'objectif de la directive ENR, qui demande de faire passer
la part de la consommation d'électricité couverte
par les kilowattheures verts de 15 à 21% d'ici 2010.
L'Ademe estime qu'un parc de 10000 MW pourrait produire 30 des
40 TWh supplémentaires attendus des différentes
sources d'énergie renouvelable à ce terme. Seront-ils
tous fabriqués en mer ? Au vu du flou juridique qui règne
en la matière, certainement pas. En effet, aucun protocole
n'est arrêté sur le montage des dossiers offshore.
On ne sait si les projets se bâtiront sur le mode de la
concession d'Etat avec appel d'offres ou à la manière
de l'éolien terrestre, sous le régime du premier
arrivé- premier servi. "Actuellement, chaque projet
fait jurisprudence", peste Julien Gaschignard, chef de
projet offshore à la Compagnie du Vent. "Les prérogatives
administratives se chevauchent", rencherit Jean-Marc Armitano,
président du directoire d'Eole-RES.
Flou juridique
De plus, une grande incertitude demeure sur le devenir des kilowattheures
produits en mer : si EDF a l'obligation de racheter ceux qui
proviennent de fermes de moins de 12 MW, les gros parcs doivent
se débrouiller. Or l'offshore privilégie les grosses
puissances (puisqu'il faut amortir de gros coûts), au
risque de faillir à la logique de décentralisation
qui colle à la peau des énergies renouvelables.
"On travaille tous sur des projets supérieurs à
80 MW, confirme Jean-Marc Armitano. Mais faute de visibilité
réglementaire, on n'engage rien." De ce fait, énumérer
les projets en cours sur les côtes françaises est
un peu risqué. Citons quand même les 168 MW du
duo Shell-Compagnie du Vent au large de Port-Camargue (84 machines).
Shell lorgne aussi sur les côtes bretonnes (40 X 2,5 MW
au sud est de l'île de Groix). Tout comme TotalFinaElf,
qui convoite 40 MW au large de Port-la-Nouvelle et 70 MW sur
les côtes du Cotentin. Citons enfin les 100 MW évoqués
au large de Dunkerque, et qui , s'ils sont confirmés,
ridiculiseront les 7,5 MW expérimentaux acquis sur le
banc de Mardyck.
En attendant, c'est à l'étranger que les projets
affluent. le plus remarquable est la ferme de 520 MW que le
gouvernement irlandais vient d'autoriser au large de Dublin
(200 turbines). En Angleterre, une dizaine de sites de 60 MW
sont pressentis, complétant celui en construction de
Blyth Harbour (2 X 2 MW). En Belgique, l'administration a lancé
un appel à propositions portant sur plusieurs concessions
de 100 MW chacune. le Français Elyo, de par son appartenance
à Tractebel, est sur les rangs. Comme TotalFinaElf, qiu
verrait bien deux rangées de 40 éoliennes en face
du prt de Zeebrugge, lui même déjà équipé
de 5 MW sur digue.
Le Danemark planche, lui, sur Horns Rev, un site de 160 MW dont
la construction commencera cet été avec des turbines
Vestas de 2 MW. C'est quatre fois la puissance du site de Middelgrunen,
qui développe 40 MW avec des marchines Bonus de 2MW depuis
la fin 2000 au large de Copenhague. C'est aussi l'un des cinq
parcs que les autorités danoises ont planifié
sur une période 2002-2008, avec un budget total de 1,1
milliard d'euros. Enfin en Allemagne, un premier parc de 12
machines verra le jour à 45 km au nord de l'île
de Borkum, au large de la Basse Saxe. La maître d'ouvrage,
Prokon Nord, devrait à terme y ériger 208 éoliennes
de 3,5 à 5MW chacune.
A gros parc, grosses pachines. Si les aérogénérateurs
de 2 MWfigurent dans les catalogues de tous les constructeurs,
la recherche se penche désormais sur le 3 MW (annoncé
pour 2003 chez Vestas, pour 2005 chez Jeumont), voire 5 MW (Nordex).
Enron annonce pour 2004 une 3,6 MW, et Enercon prépare
une 4,5 MW. "C'est la marché de l'éolien
offshore qui impulse cette augmentation de taille", confirme
l'Ademe dans son manuel préliminaire de l'étude
d'impact des parcs éolien. L'agence prédit par
ailleurs le retour en grâce des machines bipales. "E,
mer, le profil du vent est identique qu'on se site à
40 ou à 80 m de haut, contrairement au sol où
il est plus turbulent. On peut donc faire l'économie
d'une troisième pale sans perdre en force d'entraînement",
explique Borg Mummenthey, chez Nordex. "Et réduire
le rapport de multiplication, puisqu'à puissance constante,
un rotor bipale tourne plus vite qu'un tripale. Voire remplacer
le moyen articulé par un moyen rigide", ajoute Pascal
Berlu, responsable R&D de la filière éolienne
à l'Ademe.Mais c'est moins sur le nombre de pales que
sur le corps de la machine que portent les efforts d'adpatation
du matériel. "Nous évoluons en environnement
marin, rappelle François Paul. Il faut veiller à
protéger les organes de transmission contre les envols
de sable et les embruns". "Cela passe par un bon calfeutrage
des systèmes de vetilationqui servent à évacuer
les calories de l'effet Joule dégagé dans la nacelle",
poursuit Pascal Berlu. Ou, à l'inverse, par "un
chauffage des nacelles pour créer un courant d'air et
ainsi éviter la condensation saline", ajoute Charles
Dugué, chez Vestas.
Chez Enron Wind, on concentre ses efforts sur les fondamentaux
: isolation, anticorosion... et fondations. "Que ce soit
en gravitaire, en monopieu ou en tripode, on maîtrise
la technologie, mais sur de petites profondeurs. Au-delà
de 25 m, on a du mal à transposer les techniques de l'offshore
pétrolier sans faire flamber les coûts", explique
Marc Delacroix, vice-président de Shell WindEnergy. Ultime
défi à la marinisation des machines : faciliter
l'entretien. "Le matériel offshore doit se passer
le plus possible de maintenance, car mobiliser une grue en mer
coûte cher et s'avère risqué par mauvais
temps, souligne Charles Dugué. Cela passe par exemple
par l'ajout dans le corps de la machine d'un pont roulant, dont
on pourra s'aider pour faire descendre les pièces à
changer". Ainsi parée, l'éolienne de mer
devrait rencontrer le succès.
Guillaume Maincent
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