Une énergie ne contribuant pas à l'effet de serre
et ne générant pas de déchets dangereux.
Ainsi se présente l'électricité d'origine
éolienne. Depuis les nouvelles dispositions législatives
de 2000 et 2001, son essor est sur les rails. Mais, le bénéfice
de ces aérogénérateurs risque d'échapper
aux territoires sur lesquels ils vont être implantés.
L'Allemagne ou le Danemark ont beaucoup développé
la production d'électricité d'origine éolienne.
La France, pourtant second gisement éolien européen,
a préféré le "tout nucléaire".
Ainsi, un système d'appel d'offre maintenait le tarif
de rachat du kWh éolien par EDF en dessous de 0,05
€, tandis qu'il était au dessus de 0,07 €
dans de nombreux pays.
Vents porteurs
La loi du 10 février 2000 dite "de modernisation
et de développement du service public de l'électricité"
change la donne : le prix d'achat du kWh éolien passe
à 0,08 € pendant les cinq premières années
d'exploitation. Il est réévalué dans
une fourchette comprise entre 0,03 € et 0,08 € sur
les dix années suivantes, les sites les moins ventés
étant les plus aidés afin que les aérogénérateurs
ne colonisent pas uniquement les buttes les plus exposées.
Le contrat porte sur 15 ans, durée d'amortissement
d'une éolienne. L'objectif est d'installer 5000 mégawatts
(MW) éoliens d'ici 2010, alors que seulement 69 MW
sont opérationnels actuellement. L'Allemagne dispose
de 5500 MW installés, soit 34% du parc mondial.
Engouement chez les investisseurs
Depuis le décret du 26 juin 2001, le décollage
de la filière éolienne prend forme. Le taux
de rentabilité annuel d'un parc éolien avoisinant
15%, les investisseurs ont senti le vent : plus de 700 demandes
de raccordement au réseau pour de futurs parcs éoliens
seraient déjà déposées; plus de
200 projets sont annoncés pour la seule Bretagne. Même
si beaucoup ne dépasseront pas la déclaration
d'intention, l'engouement est indéniable. Les sociétés
qui se ruent ainsi sur le vent sont souvent liées,
par le truchement de filiales, à de grands groupes
bancaires. Paribas est souvent sur les rangs. Shell et Total-Fina-Elf
sont impliqués dans des projets de grands parcs offshore.
On trouve aussi des sociétés danoises et allemandes
en rupture de marchés dans leurs pays ou bien encore
EDF, qui, comme chacun sait, prétend contribuer au
développement durable.
Le budget de tels projets atteint plus de 1000 € par
kW installé et raccordé au réseau. Autant
dire des dizaines de millions d'euros pour une ferme éolienne
de plusieurs mégawatts. Des agriculteurs bretons se
voient offrir des loyers de 10 000 F à 15 000 F par
an et par aérogénérateur installé
dans leur champ, tout en conservant l'usage du sol entre les
pylônes. Ce loyer et la taxe professionnelle s'avèrent
les seules retombées locales de ces grandes fermes
éoliennes pour le moins parachutées.
Chère éolienne
Le Conseil régional de Bretagne a flairé le
danger. Aussi a-t-il revu sa politique d'aide à la
filière éolienne en n'accompagnant désormais
que les entreprises du cru. Des associations comme Avel Pen
ar Bed (Finistère) ou Alisée (Pays-de-la-Loire)
militent de longue date pour que les acteurs locaux s'approprient
les projets de fourniture d'énergie renouvelable. Les
Ademe affichent également le désir de travailler
dans ce sens. Plusieurs pistes s'offrent aux ruraux intéressés
: s'assembler au niveau d'une commune ou d'un pays pour "se
payer" collectivement un aérogénérateur
dans une ferme éolienne ou bien demander aux sociétés
porteuses de ces projets d'ouvrir le capital de leur parc
aux petits porteurs locaux. Autre possibilité : monter
des projets de moyenne puissance qui demandent moins d'investissement,
moins de délai administratif, mais présentent
aussi un taux de rentabilité moindre, en raison des
frais fixes liés aux études et au raccordement
au réseau.
Motivés par un souci d'autonomie énergétique,
des agriculteurs normands créent une ferme éolienne
(TRI 204) qui a été aidée dans le cadre
des Contrats territoriaux d'exploitation (CTE). A l'inverse,
un projet finistérien s'est vu refuser la même
disposition : l'éolien ne rentrerait pas dans les clous
de la diversification telle qu'elle est prévue par
la Loi d'orientation agricole. Une question de plus à
verser au dossier de l'harmonisation des conditions d'accès
aux CTE.
Jean-Marie Lusson
Sources : Ouest-France (26 décembre 2001), l'écho
du Cedapa n°38 et 39, ADEME Bretagne, Avel Pen ar Bed,
Ciele.org, Vergnet.
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