Bruxelles de notre correspondant La Belgique a choisi la voie
allemande. Vendredi 1er mars, le gouvernement arc-en-ciel a
adopté un projet prévoyant la fermeture, entre
2015 et 2025, des sept centrales nucléaires du pays -
quatre sur le site flamand de Doel et trois sur celui de Tihange,
en Wallonie. Longuement débattue, cette décision
représente une victoire pour les partis écologistes,
Ecolo et Agalev, qui sont au pouvoir pour la première
fois. Le texte prévoit cependant qu'en cas de "force
majeure", notamment un problème grave d'approvisionnement
énergétique, la fermeture des centrales pourrait
être ajournée par un simple arrêté
ministériel.
Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat écologiste
à l'énergie et au développement durable,
a réalisé l'une des principales priorités
de son parti. Il a, pour cela, dû apaiser les inquiétudes
de ses partenaires socialistes et libéraux. Selon M.
Deleuze, les Belges ne doivent s'inquiéter ni pour
leur approvisionnement, ni pour les prix de l'énergie,
ni pour l'augmentation de la pollution que pourrait entraîner
le remplacement des centrales nucléaires par d'autres,
fonctionnant au gaz. Démentant les sentences du lobby
nucléaire, le secrétaire d'Etat affirme que
l'énergie nucléaire n'est pas, par définition,
la moins coûteuse. La Belgique est, il est vrai, l'un
des Etats européens où l'électricité
est actuellement la plus chère, alors qu'elle est fournie
à plus de 60 % par le nucléaire.
UNE GUERRE DES SYMBOLES
A propos de la pollution, M. Deleuze affirme que la Belgique
sera en mesure de respecter les engagements auxquels elle
a souscrit à Kyoto, à savoir réduire
ses émissions de CO2 de 7,5 % entre 2008 et 2012. Misant
sur le volontarisme, le gouvernement pense que les Belges
peuvent réduire leur consommation et développer,
grâce à une politique d'incitations fiscales,
les énergies alternatives (solaire, éolienne,
etc.).
Ces affirmations ne convainquent pas les partisans du nucléaire,
qui sont allés jusqu'à agiter le spectre de
coupures d'électricité en pleine soirée
ou à évoquer l'exemple de la crise énergétique
en Californie. Le projet du gouvernement a également
été contesté par un groupe de spécialistes,
consultés par le premier ministre. Selon leurs conclusions,
le prix de l'électricité devrait augmenter de
manière très sensible en 2015 et le pays serait
contraint d'importer 85 % de sa consommation sous forme de
gaz. Beaucoup de doutes existent par ailleurs quant à
une éventuelle réduction de la consommation.
Dans l'immédiat, les deux camps sont engagés
dans une guerre des symboles et se renvoient les exemples
nordiques à la tête. Les pro-nucléaire
soulignent que la Suède n'est parvenue, vingt ans après
sa décision d'abandonner l'atome, qu'à fermer
un seul de ses dix réacteurs. Les écologistes
soulignent qu'au Danemark une politique efficace a conduit
à ce que 13 % de l'électricité consommée
soient aujourd'hui produits par des éoliennes. Le vice-premier
ministre libéral francophone, Louis Michel, a résumé
de manière sibylline la situation : "Nous n'avons
pas voulu que le prix à payer pour la symbolique soit
irrespectueux de la réalité", a-t-il déclaré.
C'est la notion de "force majeure" incluse dans
le texte qui orientera donc l'avenir, soit vers "la symbolique",
soit vers "la réalité".
Jean-Pierre Stroobants
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