La Belgique s'engage à abandonner l'énergie nucléaire en 2025
Le Monde - 02 mars 2002

Bruxelles de notre correspondant La Belgique a choisi la voie allemande. Vendredi 1er mars, le gouvernement arc-en-ciel a adopté un projet prévoyant la fermeture, entre 2015 et 2025, des sept centrales nucléaires du pays - quatre sur le site flamand de Doel et trois sur celui de Tihange, en Wallonie. Longuement débattue, cette décision représente une victoire pour les partis écologistes, Ecolo et Agalev, qui sont au pouvoir pour la première fois. Le texte prévoit cependant qu'en cas de "force majeure", notamment un problème grave d'approvisionnement énergétique, la fermeture des centrales pourrait être ajournée par un simple arrêté ministériel.

Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat écologiste à l'énergie et au développement durable, a réalisé l'une des principales priorités de son parti. Il a, pour cela, dû apaiser les inquiétudes de ses partenaires socialistes et libéraux. Selon M. Deleuze, les Belges ne doivent s'inquiéter ni pour leur approvisionnement, ni pour les prix de l'énergie, ni pour l'augmentation de la pollution que pourrait entraîner le remplacement des centrales nucléaires par d'autres, fonctionnant au gaz. Démentant les sentences du lobby nucléaire, le secrétaire d'Etat affirme que l'énergie nucléaire n'est pas, par définition, la moins coûteuse. La Belgique est, il est vrai, l'un des Etats européens où l'électricité est actuellement la plus chère, alors qu'elle est fournie à plus de 60 % par le nucléaire.

UNE GUERRE DES SYMBOLES

A propos de la pollution, M. Deleuze affirme que la Belgique sera en mesure de respecter les engagements auxquels elle a souscrit à Kyoto, à savoir réduire ses émissions de CO2 de 7,5 % entre 2008 et 2012. Misant sur le volontarisme, le gouvernement pense que les Belges peuvent réduire leur consommation et développer, grâce à une politique d'incitations fiscales, les énergies alternatives (solaire, éolienne, etc.).

Ces affirmations ne convainquent pas les partisans du nucléaire, qui sont allés jusqu'à agiter le spectre de coupures d'électricité en pleine soirée ou à évoquer l'exemple de la crise énergétique en Californie. Le projet du gouvernement a également été contesté par un groupe de spécialistes, consultés par le premier ministre. Selon leurs conclusions, le prix de l'électricité devrait augmenter de manière très sensible en 2015 et le pays serait contraint d'importer 85 % de sa consommation sous forme de gaz. Beaucoup de doutes existent par ailleurs quant à une éventuelle réduction de la consommation.

Dans l'immédiat, les deux camps sont engagés dans une guerre des symboles et se renvoient les exemples nordiques à la tête. Les pro-nucléaire soulignent que la Suède n'est parvenue, vingt ans après sa décision d'abandonner l'atome, qu'à fermer un seul de ses dix réacteurs. Les écologistes soulignent qu'au Danemark une politique efficace a conduit à ce que 13 % de l'électricité consommée soient aujourd'hui produits par des éoliennes. Le vice-premier ministre libéral francophone, Louis Michel, a résumé de manière sibylline la situation : "Nous n'avons pas voulu que le prix à payer pour la symbolique soit irrespectueux de la réalité", a-t-il déclaré. C'est la notion de "force majeure" incluse dans le texte qui orientera donc l'avenir, soit vers "la symbolique", soit vers "la réalité".

Jean-Pierre Stroobants

 

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