[...] Nombres d'élus sont aujourd'hui confrontés
à des recours divers des opérateurs invoquant
l'absence de justification et saisissant le juge administratif
tant en vue de leur annulation que de la réparation du
préjudice financier subi.
[...] L'étude de la jurisprudence, notamment au travers
des ordonnances de référé rendues par
les présidents de nos tribunaux administratifs, indique,
dans l'attente de décisions sur le fond, que le juge
administratif est sensible à l'argument que constitue
le principe de précaution mis en avec par les exécutifs
locaux.
[...] Il en résulte que toute interdiction concernant
l'installation d'une antenne-relais ne peut porter que sur
une zone du territoire communal géographiquement délimitée.
En pratique, cette interdiction ne peut concerner que des
zones fréquentés par des catégories d'administrés
considérés comme particulièrement sensibles,
ce que détermine aujourd'hui clairement le décret
n°2002-775 du 3 mai 2002 précité. [...]
Pour éviter les recours d'opérateurs se fondant
sur une distorsion de concurrence résultant d'une mesure
d'interdiction, la commune a tout intérêt à
édicter un règlement général,
seule mesure à même de garantir le principe d'égalité
et susceptible de protéger l'élu de recours
intempestifs de la part des opérateurs. Par l'effet
de ce règlement général, tous les opérateurs
sont de facto soumis au même régime. Un tel règlement
général doit préciser notamment les périmètres
sensibles de l'agglomération, les distances à
respecter compte tenu des caractéristiques propres
aux rayonnements et à leur intensité ainsi que
l'intégration dans le bâti des installations
au regard de considérations esthétiques.
Dans le cadre d'un tel règlement général,
l'exécutif local pourrait être amené à
exiger le retrait d'installations existantes rayonnant sur
des zones sensibles, et ce sans que cette interdiction, dès
lors qu'elle est justifiée, ouvre droit à réparation
à ces derniers.
[...] Dans l'hypothèse, non vérifiée
techniquement aujourd'hui, où les ondes produites par
les antennes-relais s'avéreraient nocives pour la santé
publique, la responsabilité des opérateurs pourrait
être engagée. Les victimes pourraient mettre
en cause leur responsabilité civile dans un délais
de 30 ans, à l'image des procès de l'amiante
aujourd'hui en cours.
Les opérateurs pourraient-ils afin de dégager
leur responsabilité, invoquer leur légitime
ignorance de la nocivité des ondes au regard de l'état
des connaissances techniques au jour de l'installation des
antennes relais ?
En raisonnant par analogie avec la responsabilité
du fait des produits défectueux, il semble qu'ils ne
pourront invoquer leur ignorance en vue d'exonérer
leur responsabilité. En cette matière, des produits
peuvent s'avérer à terme dangereux alors même
qu'au moment de leur diffusion sur le marché le fabriquant
ignorait en toute bonne foi les risques qu'il faisait courir
aux consommateurs. La loi n° 98-389 du 19 mai 1998, transposant
en droit interne la directive européenne du 25 juillet
1985 sur la responsabilité du fait des produits défectueux,
a instauré un régime de responsabilité
sans faute sous les articles 1386-1 à 1386-18 du code
civil. L'opérateur ne pourra en aucun cas s'exonéré
de sa responsabilité en invoquant sa légitime
ignorance de la nocivité au moment de l'installation.
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