Le
comité hygiène et sécurité de
la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris
a voté, vendredi 30 novembre, le principe d'un moratoire
sur le Wi-Fi dans les bibliothèques municipales parisiennes.
Des membres du personnel présentaient des troubles (maux
de tête, malaises, vertiges, douleurs musculaires). Après
la téléphonie mobile, l'Internet sans fil est à son
tour sur la sellette. Que sait-on aujourd'hui des risques liés
aux technologies utilisant les ondes de radiofréquence
?
La principale difficulté vient du fait que ces technologies
se sont rapidement et massivement répandues et qu'elles évoluent
beaucoup plus vite que les recherches sur leur innocuité. "Nous
savons peu de chose sur le Wi-Fi, les fréquences actuellement
utilisées et celles qui le seront demain. Nous n'avons
pas eu le temps de les étudier", concède
Paolo Vecchia, du département technologie et santé de
l'Institut national de la santé à Rome.
Présidente de l'association Pour une réglementation
des implantations d'antennes-relais de téléphonie
mobile (Priartém), Janine Le Calvez cite des études
in vitro mettant en évidence des "effets génotoxiques" des
ondes de radiofréquence. "Le rapport Reflex indique
que les radiofréquences de 2 450 MHz, celles utilisées
pour le Wi-Fi, ont des effets sur l'ADN, affirme Mme Le Calvez.
Ces résultats convergent avec les études épidémiologiques
sur la téléphonie mobile montrant une augmentation
des risques de tumeurs."
Le docteur Elisabeth Cardis, du Centre international de recherche
sur le cancer (CIRC), coordonne l'étude épidémiologique
internationale Interphone menée dans treize pays sur
les liens éventuels entre téléphonie mobile
et tumeurs de la tête. "On ne peut certainement
pas dire qu'il n'y a rien chez les gros utilisateurs de la
téléphonie mobile", reconnaît-elle.
Même si des biais ne seraient pas à exclure, les
résultats de l'étude publiés jusqu'ici
montrent en effet une augmentation du risque relatif, parfois
jusqu'au doublement, de plusieurs tumeurs de la tête
(gliomes, méningiomes, neurinomes de l'acoustique et
tumeurs de la glande parotide).
Responsable du volet français d'Interphone, Martine
Hours (université Claude-Bernard à Lyon) insiste
sur l'intérêt de mesures des expositions aux ondes
de radiofréquence. Avec Elisabeth Cardis, elle a participé,
aux côtés de Jean-François Viel, à des
mesures de l'exposition aux radiofréquences dans la
population générale auprès de 440 personnes, à Lyon
et à Besançon. Présentés à une
réunion de la Fondation santé et radiofréquence
le 25 octobre, les résultats montrent que "la grande
majorité des expositions aux radiofréquences
est due à trois facteurs : le téléphone
portable, le téléphone sans fil de la maison
et le four à micro-ondes. Les antennes relais, TV, FM
sont très peu contributives."
Peu de données scientifiques existent sur d'éventuels
problèmes sanitaires en lien avec le Wi-Fi. "On
peut se demander s'il est possible et réaliste d'entreprendre
des études épidémiologiques difficiles,
coûteuses et très longues pour chaque technologie
ou s'il ne vaut pas mieux extrapoler à partir des résultats
obtenus sur la téléphonie mobile", suggère
Paolo Vecchia.
Le Wi-Fi pourrait poser moins de problèmes que le téléphone
mobile, qui utilise une fréquence plus basse. "L'énergie électromagnétique
pénètre moins profondément au fur et à mesure
que la fréquence augmente", argumente Paolo Vecchia. "Plus
la fréquence est élevée, plus l'absorption
des ondes reste localisée aux couches superficielles
de l'organisme, indique pour sa part Olivier Merckel, de l'Agence
française de sécurité sanitaire de l'environnement
et du travail (Afsset). De plus, contrairement à ce
qui se passe avec le téléphone mobile, collé à la
tête, les personnes sont toujours à au moins un
ou deux mètres des stations de base de Wi-Fi."
Les ministères de la santé et de l'écologie
ont récemment demandé à l'Afsset un rapport
sur les rayonnements non ionisants, concernant notamment le
Wi-Fi et l'utilisation des téléphones portables
par les enfants. Il devrait être rendu à la fin
de 2008.
En attendant, des précautions simples sont largement
recommandées : utiliser un kit mains libres avec son
téléphone mobile et ne pas placer son ordinateur
portable contre soi mais plutôt sur une table. Enfin,
un consensus existe pour inciter à ne pas laisser les
enfants utiliser les téléphones mobiles.
Paul Benkimoun

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