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Faut-il réglementer l'usage du téléphone
portable pour les personnes
sensibles, en particulier les enfants ? Alors qu'une proposition
de loi
allant dans ce sens circule actuellement à l'Assemblée
nationale, les
associations de défense des usagers mènent
une guérilla sans merci contre la
commercialisation du mobile pour les 4-8 ans, baptisé «Babymo».
Elles
mettent en avant d'éventuels risques pour la santé des
très jeunes
utilisateurs.
Leur mobilisation s'avère payante. Le BHV, qui vendait
l'appareil «depuis la
mi-décembre», a décidé hier d'en «suspendre
la vente, au nom du principe de
précaution». Il y a une semaine, l'enseigne
Carrefour avait, elle aussi,
retiré de ses rayons les portables conçus pour
les tout-petits. «Je suis
tombé dans le piège, confie Roger Fedenfieu,
un Toulousain de 59 ans. Je
pensais que c'était un cadeau original et amusant
pour l'anniversaire de ma
petite-fille de 3 ans. Mais je ne lui ai pas offert car j'ai
appris depuis
que cela pouvait se révéler dangereux.» Des sites Internet et quelques boutiques continuent de proposer
des
portables pour les enfants. Une offre qui répond à une
vraie demande
sociale. «On s'équipe de plus en plus jeunes,
analyse Cécile Seguin, chargée
de clientèle chez TNS Media Intelligence. Le portable
représente une
sécurité à la fois pour les enfants
et les parents.» Pour preuve, l'étude
Consojunior 2004 menée par l'institut : 1% des 2-7
ans possèdent un mobile.
Dans la tranche d'âge 8-10 ans, le taux d'équipement
grimpe à 6,3%. Chez les
10-13 ans, il atteint 24,5%, soit une progression de 3% par
rapport à 2002.
Pour la moitié des 8-10 ans et 67% des 10-13 ans,
le mobile «est devenu
indispensable». Interrogés sur leur motivation,
81% des 8-10 ans et 85% des
10-13 ans disent vouloir un appareil pour «être
joignables partout».
C'est aussi l'argument avancé par les parents. Cordon
ombilical entre le
collégien et sa famille, le portable rassure. «Mon
mari et moi rentrons tard
le soir. La certitude que notre fils de 12 ans et demi peut
nous joindre à tout moment me tranquillise»,
affirme Valérie,
jeune cadre dynamique dans
une agence de publicité. Thomas possède un
portable depuis l'âge de 11 ans : «
C'est son père qui le lui a offert, raconte sa mère
Nathalie, chargée de
communication, divorcée depuis cinq ans. J'étais
plutôt hostile à cet achat
mais, finalement, cela me permet de lui parler directement
quand il part en
week-end ou en vacances avec mon ex-mari. Et puis, il est
raisonnable, il ne
dépasse jamais son forfait de deux heures par mois.» Contrairement à sa
soeur Juliette, 12 ans, véritable «textomaniaque»,
qui «fait régulièrement
exploser son forfait». «Juliette change de portable
comme de chemise. Elle
en est à son cinquième en deux ans. C'est devenu
un accessoire de mode»,
constate Nathalie, impuissante devant les pratiques compulsives
de sa fille.
L'usage - intensif ou modéré - du portable
relève pourtant de la
responsabilité des parents. Paul Devigny, président
de la Confédération
nationale des associations familiales catholiques, craint
que les adultes ne
profitent des nouveaux moyens technologiques qui leur sont
offerts pour
démissionner. «On fait du business sur le dos
des familles, s'insurge-t-il.
La publicité est faite de telle sorte que les enfants
deviennent des objets.
C'est aux parents de décider à quel âge équiper
leur rejeton, pour combien
de temps, dans quelles conditions.»
«Les jeunes sont la cible de campagnes de promotion
agressives, renchérit
Janine Le Calvez, responsable de l'association Priartem.
On profite de
l'angoisse des parents et du caractère sécurisant
du portable pour les
inciter à équiper des bambins. Pourquoi ne
leur parle-t-on jamais des
recommandations de prudence formulées par les scientifiques
?»

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