Chasseurs dun côté, écologistes de
lautre, gendarmes mobiles et CRS au centre : cette scène,
jusque là réservée au Médoc et à
ses tourterelles, pourrait bien, si on ny prend garde,
se généraliser à toute la France et devenir
une image dEpinal aussi caricaturale que stérile.
Caricaturale car la grande majorité des chasseurs
ne se reconnaît pas plus dans les abus de lextrême-chasse,
qui rivalise de propos machistes et injurieux contre la ministre
de lEnvironnement et appelle à ne pas respecter
les décisions de justice, que la très grande
majorité des écologistes ne cherche à
interdire, voire à empêcher la pratique de la
chasse.
Stérile car à se focaliser sur des affrontements
certes médiatiques, on en vient à oublier lessentiel
: petit à petit, sous la pression de lagriculture
intensive, de lartificialisation des sols par les infrastructures
et lurbanisation, etc. les espaces naturels disparaissent
à vue dil, et nombre despèces
animales sont menacées. Face à ces risques,
écologistes et chasseurs ont des intérêts
communs, des raisons communes de protester et dagir
de concert pour la protection de la nature.
Pour que de tels intérêts communs soient mis
en évidence, encore faut-il que les protagonistes se
parlent, et que chacun fasse un pas en direction de lautre.
Il faut que les écologistes prennent en compte les
craintes des chasseurs : celles de voir chaque diminution
de ce qui est vécu comme un droit acquis précéder
de peu le recul suivant, et voir ainsi la pratique de la chasse
réduite à sa portion la plus congrue. Mais il
faut aussi que les chasseurs admettent que la pratique de
la chasse doit évoluer pour être plus responsable.
La chasse doit prendre en compte son environnement : son environnement
naturel quelle altère, parfois de façon
irréversible, et son environnement humain, les autres
usagers de la nature (randonneurs, promeneurs, classes nature,
etc.) que la pratique de la chasse perturbe, voire met en
danger. Car, rappelons-le, la chasse nest pas un loisir
comme les autres : on ny utilise pas une raquette ou
un ballon, mais un fusil. Les chasseurs ont des droits, mais
les autres usagers ont aussi des droits, à commencer
par le droit à la sécurité.
Cest pourquoi il est important de mettre tout le monde
autour de la table, de réunir un " Grenelle de
la chasse ", qui permettrait de définir les contours
dune chasse responsable et compatible avec les droits
des autres usagers de la nature. De nombreux sujets devraient
être mis à lordre du jour. A commencer
par les dates douverture et de fermeture. Car la loi
" contre nature " du 3 juillet dernier est de fait
caduque depuis que certains tribunaux administratifs ont rappelé
le primat du droit européen. Une proposition de compromis
avait été mise sur la table par Dominique Voynet.
A lépoque les responsables cynégétiques,
croyant pouvoir passer en force, lavait rejetée
: il nest pas trop tard pour revenir à la raison.
La majorité des français y est favorable : elle
estime en effet à 83% que la chasse doit être
interdite pendant les périodes de reproduction. Cest
aussi lopinion de la majorité des chasseurs :
79% dentre eux sexpriment dans le même sens.
Le respect du droit européen doit aussi y être
évoqué (ne serait-ce quau regard des très
lourdes astreintes financières qui menacent la France)
notamment en ce qui concerne la protection de certaines espèces
(lortolan par exemple), mais aussi les conditions dapplication
de la directive Natura 2000 qui peut devenir un formidable
outil de gestion des espaces naturels au service des chasseurs
responsables et des écologistes. Lopportunité
devra dailleurs être saisie pour poser enfin la
question de la pollution génétique due à
lintroduction massive et non contrôlée
de gibier délevage.
La question de la sécurité devra forcément
être abordée car la multiplication des accidents
de chasse ne peut quinquiéter. Des pistes existent
telles que la réforme du permis de la chasse, avec
épreuve de tir obligatoire, la limitation de la chasse
le week-end, des alcootests ou encore le port de gilet fluorescent
notamment lors des battues. Quatrième sujet dimportance
: la réforme de lOffice national de la Chasse,
en profitant de loccasion pour créer des instances
de concertation entre usagers de la nature, et la titularisation
des gardes de la chasse et de la faune sauvage, afin de sortir
définitivement le contrôleur de la tutelle du
contrôlé, les fédérations de chasse.
Cest pour promouvoir une telle réflexion quAgir
pour lEnvironnement a lancé une campagne réunissant
outre la plupart des associations de protection de lenvironnement
(au premier rang desquelles France Nature Environnement et
la Ligue de Protection des Oiseaux), les deux principaux syndicats
de garde, des associations dusagers de la nature , parmi
lesquelles la Ligue des Droits de lHomme et la Ligue
de lEnseignement et de lEducation Permanente...
et une association de chasseurs (lAssociation nationale
pour une chasse écologiquement responsable), toutes
associations qui sont loin dêtre des " ayatollahs
de la verdure " pour reprendre le slogan dune manifestation
récente.
Ouvrir ces nécessaires débats implique de mettre
au rencart les discours démagogiques de part et dautre.
Cela nécessite un minimum de courage politique, aux
antipodes de la lâcheté qui sest manifestée
à lAssemblée Nationale en juillet dernier.
Cela nécessite que les chasseurs ne se laissent plus
instrumentaliser par les opposants de tout poil à la
construction européenne. Cela nécessite tout
simplement que le dialogue remplace les intimidations physiques
et les invectives.
Les Verts y sont prêts.
Denis Baupin
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