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Roselyne Bachelot participe aujourd'hui à l'Assemblée
nationale à un débat sans vote sur l'épineux
dossier
Roselyne Bachelot voulait être le ministre de la réconciliation
entre chasseurs et écologistes. Les enjeux politiques
du dossier ont ruiné son rêve. Neuf mois après
sa nomination, «vieux fusils» et écolos
s'étripent plus que jamais. La seule chose sur laquelle
ils s'accordent : «On n'avance pas, le ministre de l'Ecologie
n'est pas à la hauteur.»
Ils en veulent pour preuve le débat sans vote organisé,
ce matin, à l'Assemblée nationale dans la «niche»
du groupe UMP. «Pourquoi un débat sans vote ?
Roselyne Bachelot aurait-elle peur d'affronter la représentation
nationale ?», interrogent les chasseurs.
«Nous profitons de l'occasion qui nous est donnée
pour faire un tour d'horizon complet sur le dossier, les mesures
concrètes se déclineront dans les prochaines
semaines», plaide l'entourage du ministre. Au cours
du débat prévu pour durer quatre heures, Roselyne
Bachelot se lancera dans un long exposé sur la place
de la chasse, le statut des associations, le partage de la
gestion des espaces naturels, les dates d'ouverture et de
fermeture, le mercredi sans chasse.
«C'est un débat pour rien. En quatre heures,
les parlementaires avaient parfaitement le temps de voter»,
regrette la Fédération nationale des chasseurs
(FNC). «La situation n'a jamais été aussi
déplorable depuis vingt ans parce qu'on se trouve dans
le flou le plus complet», déplore Pierre Athanaze,
président de France Nature Environnement (FNE) qui
regroupe 3 000 associations. «Roselyne Bachelot est
totalement instrumentalisée, les décisions ne
se prennent pas Avenue de Ségur mais directement à
Matignon. C'est ce qui explique ses revirements, elle ne sait
plus où elle en est.» Dernier exemple en date
de ces «volte-face» : le 15 janvier, le ministre
expliquait devant l'Assemblée nationale que toute dérogation
pour chasser en février était impossible. Le
4 février, elle signait des arrêtés autorisant
ces dérogations pour les oies et les grives (lire encadré).
Même chose pour le futur Observatoire national de la
faune sauvage, ce pôle d'expertise scientifique promis
par le président de la République. «Le
décret annonçant la création de l'Observatoire
est sorti le 17 juillet. Depuis, plus rien. Le projet de texte
sur sa composition et son fonctionnement rédigé
par le ministère de l'Ecologie était si compliqué
que Matignon a dû rédiger lui-même le nouveau
projet qui va être publié prochainement»,
affirme une source proche du dossier.
La situation de Roselyne Bachelot n'est guère confortable.
Car au-delà des débats sur les pigeons ramiers
et autres oies cendrées, le dossier de la chasse est
éminemment politique. L'UMP ne serait pas fâché
de l'affaiblissement du mouvement Chasse-Pêche-Nature-Tradition
(CPNT) aux élections régionales et européennes
de 2004. Or, pour laminer le parti de Jean Saint-Josse (6,77%
aux européennes de 1999), il est indispensable de donner
satisfaction aux chasseurs. D'où l'insistance de Matignon,
qui presse le ministre d'appliquer à la lettre les
promesses du candidat Chirac avant l'élection présidentielle
et les engagements de Jean-Pierre Raffarin à la veille
des législatives. Les services du premier ministre
s'impliquent d'ailleurs de plus en plus, y compris dans l'élaboration
des textes.
Le ministre de l'Ecologie doit également compter avec
le groupe chasse de l'Assemblée nationale qui réclame
«urgemment un texte indépendant avant la prochaine
saison». Ce groupe, l'un des plus importants avec 202
membres, représente une puissance de feu politique
non négligeable.
Voilà pour la France d'en haut. Côté
France d'en bas, l'exaspération est à son comble.
Les présidents de fédérations de chasse,
qui se sont souvent impliqués politiquement au moment
de scrutins présidentiels et législatifs, perdent
patience, tout comme les chasseurs de base qui ne voient venir
aucune réforme en leur faveur. Tous poussent pour que
les activités cynégétiques quittent le
giron du ministère de l'Ecologie, soupçonné
d'hostilité envers les chasseurs, pour être rattachées
à celui de l'Agriculture.
Pour tenter de garder la main, Roselyne Bachelot a rencontré
Jean-Pierre Raffarin, le dimanche 2 février. Elle aurait
finalement obtenu le feu vert pour présenter, en avril,
une loi sur le jour de non-chasse et le statut des associations.
Le mercredi sans chasse, inscrit dans la loi Voynet de 2000,
devrait disparaître. Pour Roselyne Bachelot, il n'y
a, en effet, aucune raison pour que le jour de non-chasse
soit fixé de Paris : il lui paraît plus judicieux
de laisser les préfets choisir, en accord avec les
fédérations. Les autres mesures seraient inscrites
dans le projet de loi Affaires rurales présenté
par le ministre de l'Agriculture en juin.
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