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Le vendredi 19 novembre 1999
François Patriat, le député PS de la
Côte-d'Or, a remis hier à Lionel Jospin son rapport
dévoilé mardi dans «Libération».
Le Premier ministre a annoncé, à l'issue de
cette entrevue, «le vote d'une loi pour la fin de la
session parlementaire», avant fin juin 2000. Prudent,
il s'est dit prêt à examiner ces propositions
visant à désamorcer le conflit entre porteurs
de fusil et protecteurs de la nature, «à la lumière
des avis» des uns et des autres. Leurs réactions
n'ont pas tardé: un tir de barrage généralisé.
De la grosse artillerie de CPNT aux fléchettes des
Verts (lire ci-contre). Du côté des partenaires
sociaux, l'Union nationale des fédérations départementales
de chasseurs (UNFDC) s'est félicitée d'un rapport
«riche de pistes d'avenir», tout en qualifiant
de «retour en arrière» toute réduction
des périodes de chasse. Chez les protecteurs, FNE (France
Nature Environnement) a cité «quelques avancées
significatives», tout en taxant de «grosse bavure»
l'interprétation restrictive du droit de non-chasse,
et de «non-sens biologique» la légalisation
de la chasse de nuit et la réduction trop faible des
périodes de chasse.
Denis Baupin, monsieur Chasse chez les Verts «Un
pas vers un compromis»
RECUEILLI Par MATTHIEU ÉCOIFFIER
Denis Baupin, porte-parole national des Verts chargé
du dossier chasse, lançait il y a un an lidée
dun «Grenelle de la chasse» dans
Libération. Le rapport Patriat, cest une
victoire pour les Verts?
Ce nest pas la question. Ce que nous recherchons, cest
un compromis global sur la chasse. Le rapport Patriat constitue
un pas dans cette direction. Nous sommes convaincus quà
moyen terme les intérêts des écologistes
et des chasseurs responsables convergent, notamment en ce
qui concerne la protection des espaces naturels.
Quelles en sont les principales avancées?
Dabord, la reconnaissance du statut des gardes nationaux
de la chasse. Ils sont fonctionnarisés et ne dépendent
plus des fédérations départementales
de chasseurs. Ce sont ces gardes qui délivreront le
permis de chasser, et non plus les fédérations.
Jusquà présent, cétait comme
si lAutomobile Club attribuait le permis de conduire.
Par ailleurs, Patriat propose dinstituer un jour non
chassable par semaine. Nous ne sommes pas fixés sur
le mercredi. Il doit peut-être y avoir des négociations
localement sur ce point. Mais tout cela va dans le sens dun
partage du temps entre tous les usagers de la nature.
Sur la question épineuse des dates douverture
et de fermeture, léquation «10 août-10
février» est-elle acceptable?
La difficulté, cest de trouver un compromis
entre la nécessité de protéger les espèces
sauvages, notamment sur la base de rapports scientifiques
comme celui du Pr Lefeuvre, et les pratiques actuelles du
monde cynégétique. Ce compromis appartient à
des partenaires sociaux. Il doit être trouvé
autour dune même table, entre les associations
de protection de la nature et les fédérations
de chasse. Et non entre les Verts et Chasse, Pêche,
Nature et Traditions (CPNT). Les dates proposées (10
août-10 février) se trouvent dans la fourchette
du compromis. Mais seule une négociation peut désormais
les arrêter.
François Patriat ne renforce-t-il pas le lobby
très puissant des fédérations?
Cest lun des gros points faibles du rapport.
Il ne remet pas en cause le statut hybride des fédérations,
qui mélangent des fonctions dassociations et
une délégation de service public. Ce flou est
à lorigine de multiples dérives, notamment
du fait des nombreuses passerelles qui existent entre les
fédérations de chasseurs et CPNT. Lautre
problème, cest la chasse de nuit. Elle est interdite
depuis la Révolution française. Patriat préconise
de la légaliser dans 19 départements. Pour les
écologistes, ce serait un recul inacceptable.
Quelles suites envisagez-vous?
Patriat se déclare favorable à notre idée
dun «Grenelle de la chasse». Un rapport,
cest très bien, mais rien ne se fera sans une
négociation entre les partenaires sociaux. Cest
la condition sine qua non à un compromis suffisamment
solide pour aboutir à une loi et stabiliser la chasse
pour les vingt ans à venir. Et pour convaincre la Commission
européenne à Bruxelles.
Jean Saint-Josse (Chasse, Pêche, Nature et Traditions)
«Cest la griffe de Voynet»
RECUEILLI Par Paul QUINIO
Jean Saint-Josse est le patron du mouvement Chasse, Pêche,
Nature et Traditions. Depuis les élections européennes,
qui ont vu son mouvement obtenir 6,77 % des suffrages, il
ne manque pas une occasion de rappeler quil représente
1,2 million délecteurs.
Le rapport Patriat est-il aussi «mauvais»
que ce que vous craigniez il y a quelques semaines ?
Ce nest quun rapport. Il y en a des tas dautres
entassés dans le bureau du Premier ministre. Celui-ci
a le mérite dexister. Mais ce nest quune
première étape pour élaborer une loi.
Tout commence maintenant. Et je ne suis pas sûr que
la loi ressemblera au rapport. Nous allons, en tout cas, participer
au débat. Notre objectif, désormais, est darriver
au colloque fin janvier à lAssemblée nationale
avec nos propositions. Il faudra que nous soyons prêts.
Le rapport préconise une réduction drastique
des périodes de chasse. Etes-vous prêts à
en discuter?
Les propositions de modification des dates douverture
et de fermeture de la chasse contenues dans le rapport sont
inacceptables. Elles portent manifestement la griffe de la
militante antichasse quest Dominique Voynet, la ministre
Verte de lEnvironnement. Ce problème ne doit
pas être abordé sous un angle franco-français:
douze Etats sur les quinze que compte lUnion européenne
chassent jusquà fin février. Et regardez
en Allemagne, ils chassent le pigeon ramier jusquau
30 avril. Les Suédois, la bécasse jusquen
juin
La seule méthode, cest de parler prélèvements
plutôt que dates.
Mercredi, jour de non-chasse, cest aussi un «casus
belli»?
Là encore, cest la griffe Voynet. Pourquoi le
mercredi? A cause des gosses? On veut les empêcher de
venir nous voir dans nos palombières? Cette proposition
est discriminatoire. Aujourdhui, cest la chasse
qui est visée. Et demain, ce sera quoi? Pour la chasse
de nuit, cest pareil, Dominique Voynet a encore frappé.
On nous propose de maintenir cette chasse dans les départements
où elle est le moins développée. Cest
inacceptable.
Vous avez lu des choses intéressantes dans ce rapport?
Lun des trois axes développés par François
Patriat me semble aller dans le bon sens quand il reconnaît
notre rôle de gestionnaires de la nature.
Pour établir vos propositions, êtes-vous
prêt à discuter avec les Verts?
On maccuse de ne pas vouloir dialoguer. Mais je suis
prêt à discuter avec les élus locaux,
les maires, les agriculteurs, les scientifiques, les parlementaires,
lEtat. Avec Lionel Jospin. Avec des gens responsables.
Mais je ne discuterai pas avec les fondamentalistes de lantichasse.
Martine Aubry refuse de discuter avec les anti-IVG. Elle a
raison. Moi, je ne discuterai pas de la chasse avec des antichasse
intolérants. De toute façon, au final, ce sont
les parlementaires qui trancheront.
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