Croisade européenne contre le bruit
Environnement Magazine n°1611 - Octobre 2002


Une directive euroépenne pose les bases d'une politique communautaire du bruit. Le premier objectif est la cartographie des sources extérieures, notamment les transports.

Dans son livre vert sur la politique future de lutte contre le bruit (1996), la Commission européenne désignait le bruit extérieur comme l'un des principaux problèmes d'environnement en Europe. Liées surtout aux transports, les nuisances n'ont cessé de progresser. En adoptant le 25 juin 2002 une directive relative à l'évaluation et à la gestion du bruit, l'Union européenne a posé les bases d'une politique communautaire.

La directive vise à instaurer une approche commune de l'exposition au bruit, pour l'éviter, le prévenir ou en réduire la gêne. les bruits concernés sont ceux des infrastructures de transports terrestres, des aéroports et des industries, auxquelles sont exposés les êtres humainsdans les espaces bâtis, les parcs publics, les lieux clames, et près des bâtiments et zones sensibles (hôpitaux, écoles). En revanche, les bruits dans les lieux de travail, les bruits de voisinage, d'activités domestiques ou d'activités militaires dans les zones militaires ne sont pas visés.

Cartes du bruit et plan d'actions

Les Etats membres devront établir des "cartes de bruit stratégiques". Elles seront publiées en deux étapes : avant le 30 juin 2007 pour les agglomérations de plus de 250 000 habitants, les infrastructures routières de plus de 6 millions de véhicules par an, les infrastructures ferroviaires de plus de 60 000 passages de trains par an et les aéroports de plus de 50 000 mouvements par an. Ce dispositif sera complété avant le 30 juin 2012 pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, les routes empruntées par 3 millions de véhicules par an et les voies ferrées comptant plus de 30 000 passages de trains par an. Ces cartes devront être accessibles et diffusées au public. Pour obtenir des données comparables au niveau européen, la directive impose des spécifications techniques. Deux indicateurs sont fixés pour évaluer les niveaux sonores : Lden (indicateur de bruit jour-soir-nuit), ce qui est nouveau, et Lnight (indicateur de bruit période nocturne), ce dernier existe dans la réglementation française sur le bruit des transports terrestreset le bruit industriel. "Obtenir des données comparables au niveau européen passe par une harmonisation des méthodes de calcul des indicateurs", explique David Delcampe, chargé de mission sur le bruit des transports, au Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable (Medd).

L'harmonisation est en cours et la première carte se construira sur la base des méthodes de calcul nationales. Dans son annexe II, la directive conseille la méthode française (norme française XPS 31-133) aux Etats qui n'ont pas de méthode d'évaluation du bruit du trafic routier.

Les français sont en outre partenaires du projet d'harmonisation Harmonoise. Démaré l'an dernier, il aboutira en 2004. La Commission proposera alors des méthodes communes d'évaluation des différentes sources obligatoires après 2007. A partir des cartes, les Etats membres élaboreront des plans d'action avant le 18 juillet 2008 pour la première catégorie d'infrastructures et avant le 18 juillet 2013 pour la seconde. Ces documents permettront de prévenir et réduire le bruit dans l'environnement, et de préserver la qualité de l'environnement sonore lorsqu'elle est satisfaisante. Le public devra participer à leur élaboration ou à leur révision.

Pour David Delcampe, "beaucoup d'investissements seront nécessaires pour mettre en oeuvre la cartographie et les plans d'action avant les échéances". La Commission européenne propose un accompagnement technique pour leur réalisation et préapre un catalogue de logiciels de calcul agréés. Le Meddpubliera aussi un guide à l'attention des collectivités locales. Annoncé pour 2003, il présentera les outils dont diposent les collectivités pour lutter contre le bruit extérieur.

Une transposition lourde d'enjeux

La directive devra êtr transposée en droit français avant le 18 juillet 2004. Les textes qui seront publiés d'ici là désigneront les autorités responsables de l'élaboration et l'adoption des cartes de bruit et des plans d'action. Seront aussi définies les valeurs limites qui déclencheront des actions de rédution du bruit, fixeront les critères des zones calmes et les agglomérations de plus de 100 000 habitants concernées.

"Les plans d'action poseront des problèmes d'organisation des déplacements, de stratégie d'aménagement du territoire et d'utilisation des sols, souligne David Delcampe. Ils auront un impact sur les plans locaux d'urbanisme, les abords des aéroports ; les enjeux très forts pour tous les réseaux de transport ! Le bruit extérieur est un domaine qui ressort d'autorités diverses. Dans les agglomérations, la situation est particulièrement complexe." C'est au Medd qu'il reveint de bâtir une stratégie et de répartir les comépances.

Romain Bouillon

Directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 juin 2002 relative à l'évaluation et à la gestion du bruit dans l'environnement
http://europa.eu.int/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2002/l_189/l_18920020718fr00120025.pdf

 

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