Incroyable ! Les portables ne seraient pas si offensifs
que ça. Et les antennes-relais non plus. Il serait
urgent d'arrêter de "ne rien faire", et
de baisser l'exposition du populo aux radiofréquences.
Telle est la tonalité du rapport que vient de rendre
l'Agence française de securité sanitaire de
l'environnement et du travail (l'Afsset) après un
an de travaux (balayage des quelque 3500 études sur
la question et multiples auditions d'experts).
Présentant ce rapport en conférence de presse,
le jeudi 15 octobre, son directeur, Martin Guespereau, insistait
: il constitue une vraie "rupture". Et Janine
Le Calvez, de l'association Priartem, qui a occupé
un poste d'observateur au cours de ces travaux, confirme
: "Ce rapport opère un virage à 180°
: enfin, on n'est plus dans le déni !"
Que dit l'Afsset dans ce document de 500 pages ? Elle relève
notamment que, parmi les études passées au
crible, la moitié conclut à la nocivité
des ondes, tandis que l'autre moitié dit le contraire.
Rien de nouveau sous le soleil : on sait que le débat
scientifique fait rage. mais l'Afsset précise que
11% d'études mettant en évidence un effet
biologique et clinique sont imparables : leur méthodologie
est "rigoureuse". Et d''en conclure qu'il faut
immédiatement prendre trois mesures. D'abord, étiqueter
les téléphones portables : le consommateur
doit pouvoir connaître le DAS (débit d'absorption
spécifique) de son portable, lequel varie de 0.2
à 1.8 watt par kilo. Ainsi, s'il désire, par
précaution, réduire son expositio aux ondes,
il pourra choisir le DAS le plus faible. Ensuite, l'Afsset
préconise de cartographier les zones où les
intensités sont les plus fortes, de façon
à y réduire le niveau d'exposition, notamment
en demandant aux opérateurs de "mutualiser"
leurs antennes. Elle recommande, enfin, de lancer des études
épidémiologiques (jusqu'à présent,
il n'en existe aucune sur les antennes, et une seule a été
lancée sur les portables). Bref, en l'état
actuel des connaissances, l'Afsset propose d'appliquer le
principe Alara (as low as reasonably achievable) : limiter
l'exposition au niveau le plus faible qu'il est raisonnablement
possible d'atteindre.
Mais, comme c'est curieux, le matin même de la conférence
de presse, alors que le rapport n'a pas encore été
rendu public, "Le Figaro" (15/10) lui consacre
un grand et très guilleret article. Titre : "Antennes-relais
: un rapport rassurant". Et d'insister sur le fait
que l'Afsset ne demande pas que soit baissé le niveau
d'émission des antennes-relais. Donc, tout va bien,
non ? Et les radios de reprendre ce message en boucle...
Belle opération d'enfumage ! Le même jour,
alors que l'Afsset publie un communiqué de presse
au titre sans équivoque : "Radiofréquences
: l'Afsset recommande de réduire les expositions",
les ministres et sous-ministes Bachelot, Kosciusko-Morizet
et Jouanno publient un communiqué commun, aussi rassurant
que l'article du "Figaro". Au fond, tout va pour
le mieux dans le meilleur des ondes...
Professeur Canardeau
