Monsieur le Président de la République,
A l’occasion du 9è conseil des ministres Franco-Allemand,
la France et l’Allemagne ont dessiné les contours
d’un accord relatif aux rejets de CO2 émis par
les véhicules particuliers commercialisés dans
les pays de l’Union en 2012. Bien que le Ministre de
l’Ecologie ait défendu, jusqu’à récemment,
un accord se référant à un objectif de
120g/CO2 applicable dès 2012, il semble que vous ayez
accepté, à rebours, un accord en très
net recul reposant sur un seuil de 138g/CO2 applicable dans
les faits en 2015 seulement.
Nous sommes fondés à nous interroger sur les
contreparties liées à cet accord dont les bénéficiaires
exclusifs semblent être les constructeurs automobiles
allemands : automobile allemande contre atome français
? Un accord « atomobile » reviendrait à favoriser
le nucléaire en France et l’effet de serre en
Allemagne débouchant sur une Europe radioactive et climaticide
! Au terme de ce contrat, les citoyens européens auraient
donc le nucléaire ET l'effet de serre !!!
Nous ne pouvons accepter que les intérêts de certains
constructeurs automobiles puissent préempter un débat
capital pour notre avenir à tous. En sus de cet accord
sans ambition, nous ne pouvons que constater que les grandes
déclarations ayant fait suite au Grenelle de l’environnement
ne sont pas suivies d’effets.
L’image du pouvoir ne peut se résumer au pouvoir
de l’image. Or, si cet accord franco-allemand venait à être
adopté définitivement par l’Union européenne,
aucun effort réel et sérieux ne serait demandé à l’industrie
automobile. Face à la flambée des prix du pétrole
et aux risques engendrés par le dérèglement
climatique, nous nous étonnons de l’attentisme
de l’accord franco-allemand qui laisse à penser
que le secteur « transport », responsable de 23%
des émissions de CO2, en hausse de 26% depuis 1990,
n’aurait pas d’efforts particuliers à faire.
Il est inconcevable qu’à la veille de Présidence
française de l’Union européenne, la France
opte pour un accord minimaliste, sous le regard bienveillant
des constructeurs automobiles.
Agir pour l'Environnement s’interroge sur ce soudain
revirement vous ayant conduit à renoncer à un
accord ambitieux. Par la présente, nous tenons à vous
exprimer notre profond désaccord et vous appelons à faire
montre d’une ambition renouvelée afin de sauver
l’intégrité climatique.
Par cet accord, la France a délibérément
choisi de tourner le dos aux engagements pris dans le
cadre du Grenelle de l’environnement. Nous constatons
avec amertume qu’à l’heure des choix,
la France joue aux abonnés absents.
Votre posture dans cette négociation n’est
pas à la hauteur des enjeux climatiques actuels. Face à l’urgence de la situation, nous sollicitons
une audience afin de vous faire part de nos revendications.
Dans l’attente d’une réponse de votre
part, nous vous prions d’agréer, Monsieur
le Président de la République, nos salutations écologiques.
Stéphen Kerckhove,
Délégué général d’Agir
pour l’Environnement
Tél. 01.40.31.02.99 / 06.06.88.52.66
