Bonn n'est pas Bali. La conférence des Nations
unies sur la biodiversité qui s'est tenue dans l'ancienne
capitale allemande du 19 au 30 mai n'a pas bénéficié de
la même attention que le sommet mondial sur le climat
organisé en Indonésie en décembre
2007. C'est regrettable. Pendant deux semaines, plus de
5 000 experts et délégués, venus de
191 pays, se sont penchés sur ce que les scientifiques
considèrent comme une crise tout aussi importante
pour l'avenir de l'humanité que le changement climatique.
Si des données précises et globales sont
difficiles à établir, un consensus existe
pour affirmer que les espèces animales et végétales
disparaissent à une cadence beaucoup plus rapide
que ne le voudrait le rythme naturel. Il n'en va pas seulement
de la survie de quelques espèces emblématiques,
dont la médiatisation a trop souvent pour effet
de minimiser l'enjeu qui se dessine derrière le
déséquilibre grandissant des écosystèmes.
Dans les sociétés industrialisées,
les liens avec une nature que l'on croyait avoir domestiquée
se sont distendus. Même si ce n'est pas facile à admettre,
l'effondrement de notre "capital naturel" pourrait
saper demain les fondements de nos économies. La
crise alimentaire mondiale et les tensions sur les matières
premières sont un avant-goût de ce qu'il faut
redouter si rien n'est fait pour mieux gérer les
ressources planétaires.
Jusqu'à présent, la préservation
de la diversité biologique a surtout été l'affaire
des écologistes. La principale réponse a
consisté à créer des aires protégées.
S'il reste indispensable, cet instrument n'est pas à l'échelle
de la crise actuelle. Au mieux, 10 % des superficies mondiales
pourraient être sanctuarisées. Avec une planète à 9
milliards d'habitants en 2050, les besoins de terres ne
vont cesser de croître. Principalement dans les pays
en développement, où se trouvent les grands
réservoirs de la biodiversité.
On peut demander à ces pays de ne pas couper leurs
forêts, mais ils ne peuvent être les seuls à faire
un effort. En France, la Caisse des dépôts
a créé un fonds pour inciter les entreprises à compenser
les dommages causés à l'environnement et
se mettre en conformité avec la loi sur la protection
de la nature, qui date de... 1976. Ces initiatives mériteraient
d'être développées au niveau mondial.