Deuxième cause de diminution de la biodiversité,
les espèces invasives animales et végétales
sont au cœur d'un programme européen chargé de
les inventorier. Selon les premiers résultats, 1.517
espèces d'insectes se sont installées en
Europe.
L'algue verte Caulerpa taxifolia, le ragondin Myocastor
coypus, la moule zébrée Dreissena polymorpha,
l'Ecureuil gris Sciurus carolinensis ou encore la Renouée
du Japon Fallopia japonica, toutes ces espèces animales
et végétales ont un point commun : ce sont
des espèces introduites par accident ou non. Certaines
d'entre elles peuvent présenter une croissance et
une multiplication rapide et déséquilibrer
l'écosystème voire supplanter certaines espèces
endogènes. La moule zébrée par exemple
colonise les grands lacs canadiens depuis 1990 et représente
la plus grande menace pour les moules d'eau douce endogènes.
Native de la mer Caspienne, cette moule a vraisemblablement été introduite
en Amérique du Nord suite au vidange des eaux de
ballast de navires. En France, la renouée du Japon
introduite en Europe en 1830 pour ses qualités mellifères,
fourragères et ornementales colonise progressivement
les berges des cours d'eau. Dans des milieux qui lui sont
favorables, elle peut éliminer pratiquement toutes
les autres espèces grâce aux substances toxiques
qu'elle secrète, à son rythme de croissance élevé et à son
feuillage abondant.
Aujourd'hui, ces espèces dites invasives représentent
la deuxième cause de diminution de la biodiversité juste
après la destruction des habitats. C'est pourquoi,
elles font l'objet depuis peu d'un programme européen
chargé de les inventorier. Baptisé DAISIE
pour Delivering Alien Invasive Species Inventories in Europe,
ce programme est mené par 15 institutions des différents
pays européens sur la période 2005-2008.
En France, l'Institut National de Recherche Agronomique
(INRA) a été chargé de coordonner
la recherche des invertébrés terrestres et
des champignons. Les premiers résultats révèlent
que plus de 1.500 espèces exotiques d'insectes,
d'acariens, de vers et d'autres mollusques terrestres se
sont déjà établies sur le continent
européen. Si le phénomène n'est pas
récent, il semblerait que la mondialisation l'ait
accentué : Une moyenne de 19 espèces exotiques
d'invertébrés, en grande majorité des
insectes, s'est ainsi établie par an en Europe durant
la période 2000-2007 contre 10 en moyenne par an
entre 1950 et 1975, explique l'INRA. Originaires principalement
d'Asie et d'Amérique du Nord, ces espèces
ont majoritairement été importées
suite au transport de marchandise. Seul 10% ont été délibérément
introduites pour la lutte biologique ou à des fins
récréatives comme certains papillons pour
le plaisir des collectionneurs. La plupart des espèces
se sont installées dans des milieux liés à l'activité humaine
comme les champs, les parcs et jardins ou les habitations
mais beaucoup moins dans les milieux naturels.
Les invasions biologiques par les espèces exotiques
peuvent avoir des effets de grande envergure et souvent
nocifs sur la diversité et la fonction biologique
des écosystèmes envahis. Elles peuvent également
agir en tant que vecteurs de nouvelles maladies et avoir
des conséquences sur l'économie notamment
dans l'agriculture. Avec ce programme d'inventaire, l'INRA
espère faciliter la gestion des invasions par une
meilleure prédiction des caractères susceptibles
de faciliter l'établissement d'espèces exotiques,
la définition de groupes d'espèces et de
marchandises à risque, ainsi que par l'analyse de
la susceptibilité des écosystèmes.
Un échange des données est prévu avec
les bases similaires chinoises (Académie des Sciences)
et nord-américaines (USDA Forest Service).
F.ROUSSEL