Paris, le 24
mars 2006 : Après moins d’une
dizaine d’heures consacrées au projet de loi
sur les OGM, le Sénat a expédié sans
coup férir un texte législatif dont les enjeux
dépassent de loin l’intérêt des
parlementaires sur ce sujet.
Alors que 78% des Français réclament un moratoire
sur les OGM (sondage BVA/Agir pour l’Environnement),
57% des sénateurs ont au contraire autorisé les
OGM sans contraintes réelles et sérieuses ! La petite loi a ainsi été adoptée par
166 voix contre 127. Une nouvelle fois, une majorité de
Sénateurs a fait preuve d’un autisme certain
privilégiant encore et toujours les intérêts
particuliers de certains lobbies !
Après avoir tenté d’user et abuser de
la procédure d’urgence pour brusquer le débat
avant de se rétracter au dernier moment, le Gouvernement
vient de passer, sans opposition majeure, le stade de la
première lecture devant les Sénateurs.
Ce projet de loi crée un fonds d’indemnisation
permettant de compenser le manque à gagner né d’une
contamination génétique des systèmes
agraires de qualité et labellisés. Au-delà de
cet affichage de pure forme, la mise en œuvre kafkaïenne
de cette indemnisation ne permet pas de répondre sérieusement
aux pertes financières nées d’une contamination
généralisée des cultures existantes.
Le montant maximal de la contribution visant à abonder
ce fonds de garantie a été sensiblement abaissé dans
la loi passant d’une centaine d’euros à l’hectare à cinquante
euros, sachant qu’en réalité le ministère
de l’agriculture fixerait par décret une contribution
d’à peine 6 euros…!
L’introduction d’un seuil de contamination fixé à 0.9%
ouvrant droit à indemnisation met en péril
la filière bio. L’agriculture bio strictement
garantie sans OGM risque de vivre ses dernières heures
puisque avec ce projet de loi, nul ne pourra plus se soustraire à une
pollution génétique de basse intensité.
Entre le seuil de détection proche du 0% et celui
fixé par la loi (0.9%), la filière bio risquera
le déclassement sans pouvoir prétendre à la
moindre indemnisation. La loi crée donc le statut
peu enviable de pollué-payeur !
Pire, pour minorer le risque financier des promoteurs des
organismes génétiquement modifiés, le
Sénat n’a pas cru bon devoir modifier le projet
de loi initial en maintenant l’une des dispositions
les plus controversées, à savoir une responsabilité et
une indemnisation des pollueurs limités dans le temps
et dans l’espace. Toutes les contaminations résultant
de repousses d’une année sur l’autre,
dépassant l’espace par trop étriqué d’un
champ à l’autre, intervenant en amont de la
mise en culture (semence) ou en aval des récoltes
(transport, transformation ou stockage) seront tout bonnement
occultées et non indemnisées.
Préparé en catimini et dans la précipitation
la plus totale, ce projet de loi ne répond pas sérieusement
aux enjeux posés par la dissémination d’OGM
dans l’environnement. Agir pour l'Environnement interpelle
l’ensemble des députés afin qu’ils
se mobilisent fermement à l’encontre d’un
projet de loi écrit actuellement par et pour le lobby
biotechnologique !

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