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Paris, le 22 décembre 2003
Narito Harada représentait Agir pour lEnvironnement.
Monsieur Gauer faisait partie des intervenants au colloque
sur lOME le 17 décembre.
Nous parlons de ce colloque :
Je lui demande ce quil pense de lidée
dun mécanisme de gouvernance décentralisée
pour lenvironnement global, basé sur des groupes
de travail thématiques (par opposition à une
OME grande institution centralisatrice). Il me répond
que lidée est intéressante mais quelle
ne doit pas être un prétexte pour ne rien faire.
« Si on veut que lOME institutionnelle avance,
il faut :
-une base scientifique solide (sur les pb environnementaux),
-une opinion publique mobilisée,
-qui pousse les politiques
(les deux derniers points dans suffisamment de pays pour dégager
une majorité)
Il insiste sur une fonction dune ONG telle quAgir
pour lEnvironnement : susciter la mobilisation citoyenne.
Lors de la canicule de lété dernier par
exemple, le lien na pas été suffisamment
établi le lien entre le dérèglement climatique
et la canicule.
Pour une ONG, la fonction lobbying institutionnel vient après
la mobilisation citoyenne, dit-il.
Le colloque était effectivement un moyen de pousser
à la mobilisation, mais les questions qui y ont été
posées (souvent hors sujet) sont révélatrices
dun soutien public (250 personnes présentes au
colloque) qui manque encore de substance -et de jeunesse.
Jobserve quil est effectivement difficile de mobiliser
les citoyens sur une question institutionnelle, susceptible
daider à résoudre des problèmes
tels que le dérèglement climatique, alors même
que ce dernier ne suscite pas par lui-même une mobilisation
suffisante. De fait, les citoyens perçoivent mal les
enjeux liés à la dégradation globale
de lenvironnement. Sur la jeunesse, je précise
quà notre grand regret, lamphi du colloque
était fermé aux étudiants de Science
Po, sous prétexte quil était plein (en
fait, il restait une cinquantaine de places). Mais cest
vrai quil y avait peu de jeunes.
Sur le discours des politiques, M. Gauer pointe des contradictions
: M. Fabius parlait de faire interdire le dumping environnemental,
Mme Lepage parlait dassortir les accords multilatéraux
sur lenvironnement (AME) de sanctions contraignantes
pour les rendre effectifs mais tout cela est inconciliable
avec la nécessaire adhésion des pays du Sud
quils appellent de leurs vÅux.
Les contraintes sont en effets nombreuses :
-Si on parle dune OME « contrepoids de lOMC
», on fait fuir les Etats-Unis, le Japon, etc
-Si on déménage hors dAfrique le siège
de la future OME (le siège du PNUE, base de la future
OME est actuellement à Nairobi-Kenya, cest la
seule agence de lONU à être hébergée
en Afrique), les africains seront mécontents,
-Si on veut rassembler les secrétariats des AME sous
légide de lOME, les secrétariats
en question et les Etats les hébergeant seront contre
Sur la campagne diplomatique française en faveur
de lOrganisation des Nations Unies pour lEnvironnement
(ONUE) :
Elle suit les nombreuses déclarations du Président
Chirac, notamment celle prononcée à lAG
de lONU en septembre 2003.
A partir de cet automne, par le biais de ses ambassades,
la France a transmis à ses principaux partenaires (quelques
dizaines de pays) un document de 3-4 pages sur sa position
en faveur de lONUE (résumé en ligne également).
Le but est de recueillir les avis des Etats contactés.
Dans lensemble, le retour est plus encourageant quescompté.
Une amélioration des réactions est observée,
notamment venant du Japon. Des problèmes de financement
ont été évoqués par quelques pays
du Sud. Certains restent catégoriquement opposés
comme lIndonésie. Une consultation approfondie
est engagée avec lAllemagne mais cette dernière
na pas souhaité co-parainer la campagne française.
Légèrement hésitante, elle craignait
que le projet français ne se heurte avec les objectifs
posés par le forum de Carthagène (7ème
forum interministériel mondial de lenvironnement,
fév. 2002, 2 objectifs majeurs : élargir la
capacité daction du PNUE via la composition universelle
de son Conseil dadministration et asseoir sa base scientifique).
Elle est aujourdhui rassurée par la position
française : le projet ONUE sera fortement porté
après la réalisation des premiers objectifs.
Pour mars 2004, la France prépare un groupe de travail
relativement large (près de 24 Etats) sur lONUE.
La variété du groupe ne facilite pas la tâche
(ex : Europe, Brésil, Japon, PNUE également
associé) mais rend la proposition à venir plus
légitime. Les Etats-Unis, qui ont déjà
montré leurs réticences, nont pas été
conviés. Le lancement aura probablement lieu à
Washington, puis les groupes de travail continueront à
se réunir, probablement à Nairobi.
Sur la participation de la société civile
a ce processus de concertation :
La question reste à préciser. Si la participation
est exclue des négociations proprement intergouvernementales,
M. Gauer « ne voit pas dinconvénients »
à ce que lon intervienne dune manière
ou dune autre. Je propose dassocier le groupe
de réflexion de Yale (voir CR en ligne) et quelques
intervenants du colloque (japprends que lIDDRI
organise également un séminaire sur la gouvernance
mondiale de lenvironnement pour mars 2004). Nous pourrions
produire une proposition au début de la concertation
et intervenir pendant celle-ci, pour donner un point de vue
plus pragmatique. M. Gauer craint quune proposition
(maximaliste) a priori ne suscite les réticences des
parties (pourtant, il est clair que la position de la société
civile est a distinguer de celle du gouvernement). Il préfère
une participation en aval.
Sur le calendrier, pas déchéances précises.
Le pré-rapport de la conciliation intergouvernementale
sera prêt au début de lété
2004, qui sera remis à lONU (au groupe des sages
travaillant actuellement sur le réforme des Nations
Unies, à Kofi Annan, qui prépare un rapport
sur la gouvernance mondiale de lenvironnement).
En mars 2004, a Jéju en Corée aura lieu un
Conseil dadministration spécial du PNUE. Les
ddeux sujets à lordre du jour : lélargissement
du Conseil dadministration et le renforcement de la
base scientifique du PNUE. La France restera discrète
sur sa campagne pour lONUE. Elle organisera un «
side event ».
Jinterroge M. Gauer sur les contributions financières
de la France au PNUE (longtemps, la France payait peu, ce
qui minait sa crédibilité quant à la
proposition de renforcer le PNUE).
Il me présente un document, en précisant que
la France sest désormais alignée sur la
barème des Nations Unies :
2000 : 822.584 USD
2001 : 885.000 USD
2002 : 2.006.800 USD
2003 : 3.200.000 €
A ceci, ajouter les contributions à des « fonds
spéciaux » (3.250.000 € en 2003) et les
contributions au bureau parisien du PNUE (350.000 €).
Prévisions pour 2004 : 3.600.000 USD.
Nous restons en contact. Agir pour lEnvironnement avertira
le gouvernement de ses nouvelles initiatives de campagne et
organisera la participation de la société civile
dans le cadre de la concertation intergouvernementale.

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