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Paris, Palais de l'Elysée, le 13 septembre 2000 de
10 heures à 11 heures 30
Présents : M.Dupré La Tour, conseiller technique
de M.Chirac, Mireille Ferri, Présidente d'Agir pour
l'Environnement, Allain Bougrain Dubourg, Président
de la LPO, Jean-François Louineau, Directeur adjoint
de la LPO, Serge Le Quéau, Administrateur d'ATTAC,
Stéphen Kerckhove, animateur d'Agir pour l'Environnement.
Monsieur Dupré La Tour est arrivé récemment
au cabinet de Monsieur Chirac (juin dernier). Il était
responsable des questions environnement-industrie à
la DRIRE du Nord-Pas de Calais. Il a dorénavant la
tutelle des questions environnement, industrie, transports,
aménagement du territoire, équipement, logement
et tourisme.
Mireille Ferri indique que la campagne initiée
par Agir pour l'Environnement ne se limite pas à une
revendication purement environnementale mais au contraire
s'inscrit dans la dénonciation d'une logique économique
et dans un refus d'un laxisme qui génère régulièrement
des catastrophes écologiques, sanitaires et économiques.
C'est le sens de l'association de plusieurs partenaires dans
la campagne " Erika, la marée noire de trop !
".
Monsieur Dupré La Tour indique que le Président
de la République a été marqué
par la catastrophe de l'Erika et reste préoccupé
par l'évolution de ce dossier.
Allain Bougrain Dubourg déplore que l'environnement
reste le monopole d'un seul parti politique en France alors
que la Droite se comporte régulièrement de façon
sectaire et dogmatique, notamment à l'occasion du débat
sur la chasse. L'Erika n'en demeure pas moins un symptôme
qu'il faut combattre par la réforme globale du transport
maritime.
Serge Le Quéau dénonce l'absurdité
de la logique de la déréglementation sauvage
qui aboutit à la progression de la criminalité
écologique. Si les politiques ne se réapproprient
pas les questions économiques, l'anarchie prédominera.
Monsieur Dupré La Tour note que la société
TotalFinaElf a, depuis la catastrophe, réagi en affrétant
des pétroliers neufs. Pourtant, c'est tout le système
qui ne brille pas par sa transparence.
Stéphen Kerckhove déplore la multiplicité
des systèmes de contrôle qui nuit à l'efficacité
même de la volonté de sécuriser le transport
maritime de marchandises polluantes et dangereuses.
Mireille Ferri relève tout de même qu'au-delà
des 600 millions de francs investis par TotalFinaElf dans
la réparation de cette pollution majeure (ce qui reste
somme toute limité au regard des vingt milliards de
bénéfices engrangés par cette société
rien que pour le premier semestre), les implications à
moyen et long termes ne peuvent relever que du domaine réglementaire.
L'implication à terme n'est ni pris en compte par TotalFinaElf,
ni par le FIPOL. Il suffit de voir comment a été
traitée la question des paludiers de Guérande
qui ont préféré privilégier le
principe de précaution aux rendements de court terme.
Le manque à gagner ne semble pas indemnisable.
Allain Bougrain Dubourg ajoute qu'il existe un réel
décalage entre la communication de TotalFinaElf et
le reste de la société. La conception de ces
entreprises niant la sensibilité de l'opinion est inacceptable.
Il n'en demeure pas moins que l'Etat n'est pas exsangue de
toute critique. Le plan Marpol et l'incapacité des
pouvoirs publics à prendre en compte le bénévolat
est de ce point de vue symptomatique. Il faut rester attentif
au message porté par les associative car celui-ci est
bien souvent l'expression d'une sensibilité majoritaire.
Monsieur Dupré La Tour indique qu'au-delà
de ce rendez-vous consacré à l'Erika, il n'a
absolument aucune réticence à nous rencontrer
ultérieurement pour évoquer d'autres sujets.
Stéphen Kerckhove développe l'argumentaire
de campagne, notamment tout ce qui concerne le dossier technique
sur les plans européen et français. Les dégazages
viennent d'être abordés dans un article du Monde
relatant les réticences françaises au niveau
français. L'aménagement des ports français
pose le débat du financement de ces mises aux normes
(soit par l'intégration du coût dans les frais
de port, soit par un forfait par dégazage, soit directement
par des aides étatiques). Le projet de loi français
sur les dégazages arrive en deuxième lecture
au Parlement et la responsabilité des déballastages
repose toujours sur le capitaine du navire. Le triplement
des sanctions ne sera dissuasif si et seulement si c'est le
véritable donneur d'ordre qui est en mise en cause,
en l'occurrence l'armateur ou/et l'affréteur. Le doublement
des contrôleurs annoncé lors du CIM du 28 février
dernier va dans le bon sens mais reste marginal au vu des
besoins. Au niveau européen, la commission européenne
vient de proposer une réforme de deux directives concernant
l'homogénéisation des contrôles effectués
par les Etats de port et l'agrément des sociétés
de classification. Le Parlement européen doit prendre
position sur ce premier paquet de mesures, puis ce sera au
Conseil des ministres européens des transports d'avaliser
les propositions de la Commission. Il serait souhaitable que
la Somment de Nice aborde cette question, prouvant par cette
annonce que les chefs d'Etat n'ont pas la mémoire courte,
ce qui serait à porter à leur crédit.
Enfin un règlement communautaire devrait supprimer
progressivement les navires à simple coque.
Allain Bougrain Dubourg ajoute que les dommages causés
à l'environnement ne sont pas encore pris en considération
dans une évaluation économique. Le Fipol ne
fonctionne pas et le système de seuil lié aux
indemnisations n'est pas opérant. La LPO a accueilli
plus de 8000 bénévoles en quelques mois. Il
n'est acceptable que cela soit à la LPO d'avancer les
sommes nécessaires à l'achat du matériel
indispensable. Il faut préciser que la LPO a acheté
dès le début de la crise des milliers de gans,
ayant malheureusement une assez longue expérience des
marées noires et des dégazages sauvages.
Jean-François Louineau considère que
le Plan Polmar reste à réformer afin d'améliorer
les relations entre les collectivités locales, l'Etat,
les associations et les bénévoles. Un lieu de
coordination réunissant l'ensemble des interlocuteurs
reste à créer.
Monsieur Dupré La Tour constate que c'est au
Préfet Maritime d'assurer ce rôle car le corps
préfectoral a normalement pour mission de coordonner
en cas de crise.
Mireille Ferri revient à la question du renforcement
de la réglementation française et européenne.
Monsieur Dupré La Tour indique que pour les
questions précises, il est préférable
de poser les questions directement au ministre de l'équipement,
des transports et du logement. Il peut faire état de
la position officielle de la France, défendue par Monsieur
Chirac dans les organismes internationaux comme à l'ONU
ou autres. Monsieur Dupré La Tour s'engage à
nous faire parvenir les documents écrits relatifs à
ces prises de position. Cette position publique est celle
d'un renforcement et d'une application des conventions internationales
adoptées dans le cadre de l'OMI. La suppression des
simples coques remplacée par des doubles coques est
une proposition défendue par le Président de
la République. L'élargissement de la ZEE à
200 miles est une question trop technique. Le Sommet de Nice
sera exclusivement consacré à la réforme
des institutions européennes et ne laissera que peu
de place pour la médiatisation d'autres sujets. La
Présidence française en lien avec le Ministère
de l'Environnement s'est fixée deux objectifs principaux,
la création à moyen terme, d'une Organisation
Mondiale de l'Environnement et la réussite du Sommet
de la Haye sur la réduction des gaz à effet
de serre. Il est préférable que les Conseils
de ministres des transports et de l'environnement se saisissent
de cette question.
Jean François Louineau déplore que la
question maritime reste une question marginale au sein des
instances françaises. Pourtant, la France est le pays
ayant la plus grande façade maritime européenne,
de plus très exposée.
Allain Bougrain Dubourg remarque que la politique française
s'attache trop souvent à colmater les brèches
alors qu'il serait judicieux d'initier une politique de long
terme. On a le sentiment que le dossier est traité
sous l'angle social puis environnemental alors que les deux
sont intimement liés.
Monsieur Dupré La Tour relève que Monsieur
Gayssot a au contraire fait le tour de ses homologues européens
afin de tester leur solidarité vis à vis des
deux directives européennes.
Mireille Ferri semble rester sur sa faim et déplore
que les partenaires de la campagne " Erika, la marée
noire de trop ! " n'aient pas obtenu de réponses
plus précises.
Monsieur Dupré La Tour réagit en espérant
que Monsieur Jacques Chirac évoquera cette problématique
à Nice mais qu'il ne peut pas préjuger de l'orientation
politique du Sommet de Nice.

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