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La rapidité avec laquelle la Commission européenne
a su proposer un corpus de mesures cohérentes visant
à améliorer la sécurité du transport
maritime des matières dangereuses est une première
réponse au laxisme de l'Europe et de ses Etats membres
qui a précédé la catastrophe de l'Erika.
Le paquet " Erika I "
Deux directives et un règlement sont ou vont être
adoptés par l'Union européenne et entreront
en application dans un délai relativement court, au
vu des procédures de co-décisions liant la Commission
européenne, le Conseil européen des ministres
des Transports et le Parlement européen.
Nonobstant les amendements déjà proposés
par le Parlement européen, nous pensons que la réforme
de deux directives 95/21/CE et 94/57/CE peuvent être
à même de restreindre la concurrence malsaine
existant entre certains Etats de port européens et
entre différentes sociétés de classification.
. L'agrément donné aux sociétés
de classification ainsi que les menaces pesant sur celles-ci
en cas de contrôles douteux laissent espérer
un assainissement des rapports incestueux entre les armateurs
et les sociétés de classification. Il faudrait
introduire dans les critères d'agrément des
sociétés de classification la prohibition de
l'auto-contrôle (société contrôlant
le navire à la fois pour l'Etat de pavillon et pour
l'armateur, comme dans le cas de l'Erika). Les partenaires
de la campagne " Erika, la marée noire de trop
! " demandent que la Direction Générale
des Transports de la Commission européenne bénéficie
pour l'application de cette nouvelle prérogative d'une
augmentation de son budget et personnel spécialisé.
. L'homogénéisation des contrôles effectués
par les inspecteurs des ports de chaque Etat, parce qu'elle
peut mettre un terme à la course au moins disant social
et environnemental est indispensable. La liste des critères
retenus doit être l'occasion de mettre à l'index
l'ensemble des navires dont les normes de sécurité
ne sont pas satisfaisantes.
Le Mémorandum de Paris impose aux pays signataires
de contrôler au moins 25% des navires entrant dans l'un
de leur port. A ce jour, bon nombre d'Etats membres, dont
la France (14%), sont bien loin de respecter leurs engagements.
Le manque d'inspecteurs assermentés risque de rendre
la nouvelle directive sur l'homogénéisation
des contrôles inopérantes. L'ajout de critères,
pour intéressants qu'ils soient, doit être mis
en parallèle avec le recrutement d'un nombre substantiel
de contrôleurs formés dans un cadre européen
afin d'éviter toute partialité.
Il semble nécessaire d'introduire dans l'information
exigée des navires (toutes nationalités), et
si possible dans les critères de " ciblage "
du risque, les conditions réelles d'armement et de
propriété du navire, et les conditions sociales
et de travail des équipages.
. Le règlement visant à éliminer les
navires à simple coque doit impérativement adopter
le timing issu de l'Oil Polution Act si nous ne voulons pas
voir les navires interdits au large des côtes américaines
se dérouter sur les nôtres. Mais le syndrome
" Not in my back Yard " n'est pas satisfaisant d'un
point de vue éthique. Le fait que les Etats-Unis, l'Europe
et le Japon s'apprêtent à interdire la navigation
de ces simples coques à échéance relativement
brève ne signifie nullement que ces navires rejoindront
le cimetière des éléphants. L'Organisation
Maritime Internationale (OMI) est le cadre à privilégier
pour adopter une telle disposition afin d'éviter un
report du trafic vers des zones géographiques moins
exigeantes sur le plan environnemental.
Au-delà du timing précis restant à finaliser,
les questions des indemnisations et incitations financières
peuvent être le moyen de relancer un pan entier de notre
économie. Les chantiers navals attendent des commandes
et la construction d'armadas de navires remplaçant
ces simples coques peut dynamiser un secteur en crises récurrentes.
Cette relance ciblée a un intérêt économique,
écologique et social. En soutenant un assainissement
du secteur maritime, ces aides peuvent entrer dans le cadre
de " la boîte verte " et recevoir un accord
de la plupart des pays membres de l'Organisation Mondiale
du Commerce (OMC).
Nous regrettons qu'il n'y ait aucune incitation à l'innovation
: En érigeant en standard de fait une conception déjà
ancienne des pétroliers à double coque qui fait
déjà l'objet de bien des craintes quand à
leur longévité et leurs conditions d'entretien
et de contrôle, les autres solutions connues ou à
l'étude (3E), plus onéreuses, risquent de ce
fait de n'avoir pas leur place sur le marché.
Au-delà de l'aspect direct sur les chantiers navals,
la suppression de la vétusté augmentera le taux
de fret et par voix de conséquence, rassurera les armateurs
quant au retour sur investissement qu'ils sont en droit d'attendre
d'une flotte mondiale renouvelée.
Le paquet " Erika II "
La Commission européenne semble vouloir profiter de
la Présidence française pour présenter
trois nouvelles directives lors du Sommet des Chefs d'Etat
de Biarritz les 13 et 14 octobre prochain.
. Un système européen d'informations
Le suivi des navires dans les eaux communautaires est gage
d'une transparence que tout le monde réclame. La proposition
faite par la Commission européenne visant à
surveiller plus étroitement les zones maritimes de
forte densité est indissociable d'une amélioration
des contrôles dans la zone des 200 miles. Malheureusement,
à ce jour, la liberté des mers limite toute
intervention dans les zones internationales et permet à
bon nombre de navires de se soustraire aux conventions internationales.
Nous demandons qu'il soit imposer à tous les armateurs
l'obligation de se faire connaître deux jours pleins
avant d'entrer dans les eaux européennes.
En faisant de ce système d'informations un lieu transversal
accessible en permanence aux Etats, aux ONG et aux citoyens.
En cela, il y a une véritable opportunité de
mettre un terme à la dilution des informations issue
de l'éclatement des structures de gestion de la marine
marchande. Les sociétés de classification, les
armateurs, les affréteurs, les assureurs ainsi que
les sociétés de gestion du personnel doivent
avoir l'obligation de renseigner ce système.
Ce système indispensable, regroupant une somme considérable
d'informations nécessite la création d'un service
européenne spécialisé.
. Une Agence Maritime Européenne
La catastrophe de l'Erika a malheureusement été
l'occasion de relever l'incapacité structurelle des
administrations françaises à se coordonner.
Le réflexe fut trop celui de la hiérarchie sclérosante
que d'une coordination inter-ministérielle ouverte
aux collectivités locales et aux ONG. La multiplicité
des corps administratifs tant français qu'européens
va à l'encontre d'une certaine efficacité.
L'Oil Pollution Act voté à la suite de la catastrophe
de l'Exxon Valdès aux Etats-Unis a été
un bon moyen d'améliorer la sécurité
maritime en délimitant une zone maritime homogène
où s'applique une réglementation clairement
définie ; c'était le but du Mémorandum
de Paris du point de vue des contrôles effectués
par les ports de chaque Etat. Ce doit être le but de
cette Agence en préfigurant une Zone Maritime Européenne.
Une Agence Maritime Européenne serait un projet cohérent
et efficace si son but fondamental est de rassembler différents
corps afin d'améliorer les contrôles dans les
eaux européennes et dans les Etats du port, inspecter
et agréer les sociétés de classification,
transmettre de l'information vers les pouvoirs publics, développer
des formations européennes ou encore faire appliquer
les différentes directives et conventions internationales
dans les eaux européennes.
Cette Agence Maritime Européenne ne doit pas être
une institution de plus. La nécessaire réforme
des administrations nationales ayant compétence sur
le domaine maritime passera par une délégation
de pouvoir à l'Union européenne. Cette Agence
doit être la première étape avant la création
d'un véritable corps de garde-côtes européen.
. Responsabilité et indemnisation
Responsabilisation et indemnisation sont les deux faces d'une
même pièce mais doivent être analysées
de façon distincte. En effet, l'échelle de temps
n'est pas la même pour venir en aide à des secteurs
économiques déstabilisés par une marée
noire ou un dégazage et définir en toute impartialité
les responsabilités.
Indemnisation : Le FIPOL est un fonds de compensation abondé
par le versement des sociétés pétrolières.
Ce mode de versement totalement déconnecté des
efforts que ces sociétés peuvent réaliser
en faveur de l'environnement, de la sécurité
et du droit des marins n'incite pas à lutter contre
le moins disant social et environnemental.
La création d'un fonds européen de compensation
des dommages de pollution doit impérativement ouvrir
la voie à l'écoconditionnalité des versements
par les compagnies pétrolières. Les critères
doivent récompenser les navires récents avec
un équipage formé, compétent et ayant
accès aux droits syndicaux internationaux et dont le
système de gestion privilégie la clarté
à la pénombre des pavillons de complaisance.
Le FIPOL ne peut, bien entendu, pas rester en dehors de ces
évolutions et devra se réformer en ce sens.
Le passage de 200 millions d'euros à 1 milliard d'euros
devra être effectif rapidement. Néanmoins, le
plafonnement des indemnisations est inacceptable car il signifie
qu'au delà d'un certain seuil, l'irresponsabilité
prédomine.
Les critères d'attribution des versements au titre
de compensation devront être révisés afin
de tenir compte des évolutions sociétales, notamment
au regard de la prise en compte du principe de précaution
pour une gestion durable de l'environnement et de la reconnaissance
juridique des dommages directs et indirects à l'environnement
Responsabilité : Toutefois, le principe du FIPOL, tout
comme celui du fonds européen de compensation des dommages
de pollution ne doit aucunement signifier une déresponsabilisation
des autres interlocuteurs du transport maritime. Nous ne pouvons
que déplorer un système de responsabilité
parcellaire n'abordant qu'une seule catégorie de navires,
celles des pétroliers.
Les fautes ayant entraîné une catastrophe écologique,
sanitaire, économique et touristique doivent déboucher
sur une enquête définissant précisément
les responsabilités de chaque interlocuteur, qu'il
soit armateur, affréteur, société de
classification, Etat du pavillon, ou autre. Cette responsabilisation
signifie que la convention FIPOL doit être réformée
afin de supprimer l'impossibilité de sanctionner les
sociétés pétrolières, dès
lors qu'elles contribuent à ce fonds.
Ce n'est qu'un début
Les partenaires de la campagne " Erika, la marée
noire de trop ! " estiment que les mesures proposées
prendraient un sens préventif si elles ouvraient le
débat sur la responsabilité des acteurs principaux
et sur la mise en cause de la complaisance maritime.
Sans examen des causalités, il n'y a pas de prévention
qui tienne. Peu de propositions précises ont pour l'heure
vu le jour pour briser l'irresponsabilité relative
des armateurs, l'irresponsabilité absolue des affréteurs,
et surtout l'irresponsabilité générale
que permettent les écrans multiples de la complaisance
maritime. Il n'y a donc pas d'effet dissuasif, ni incitatif.
Dès le naufrage de l'Erika, la complaisance a été
une nouvelle fois mise en cause, mais l'oubli joue déjà
son rôle néfaste. La complaisance n'est pas d'abord
le fait des Etats de pavillon, qui ne sont que des moyens
commodes, mais des affréteurs et armateurs de nos pays
développés qui l'ont inventée, l'utilisent
et la développent sans relâche.
A ce jour, la multiplicité des intervenants tant dans
le domaine de l'armement que dans celui de l'affrètement,
des contrôles ou de la gestion du personnel facilite
toutes les entorses au droit international. L'établissement
de normes européennes et mondiales ne sera effectif
qu'à partir du moment où les Etats seront capables
de les faire respecter. La complaisance en est l'un des pivots
et les Paradis de complaisance une cause majeure. Pour l'heure,
la situation fait la part trop belle aux pays armant complaisamment
des centaines de navires sous normes en favorisant des sociétés
écrans.
La catastrophe de l'Erika a démontré de façon
flagrante qu'un système parallèle s'était
ostensiblement mis en place afin d'éliminer toute responsabilité
en cas de sinistre. L'Etat du pavillon doit impérativement
être doté d'une administration maritime performante.
Le contrôle et la sécurité est un domaine
régalien que nul ne peut contester. En cas de manquement,
la responsabilité de l'Etat du pavillon doit être
directement mis en cause.
En cas de carence patente ou de présomption de carence,
il est du devoir des ports de chaque Etat de durcir les contrôles
de navires suspects en inversant la charge de la preuve. La
traçabilité des responsabilités doit
être effectuée en amont du sinistre, partant
du principe qu'il est préférable de prévenir
plutôt que de guérir.
Les rancurs des populations littorales à l'égard
de ces catastrophes sont telles que l'oubli est désormais
impossible. Les citoyens, bénévoles et associations
resteront longtemps révoltés par ces écosystèmes
durablement pollués, ces milliers d'oiseaux englués
par le fioul n°2 de l'Erika, cette image de la côte
atlantique dégradée et ces professionnels de
la mer en difficulté. Une légitime appréhension
de voir se reproduire une nouvelle marée noire dès
que les élus auront oubliés ces images d'horreur,
aidés en cela par le lobbying des acteurs du transport
maritime.
C'est la raison pour laquelle, au-delà des mesures
prises à la suite de cette catastrophe, il est du devoir
de chacun de rester mobilisée pour éviter que
la pression ne retombe. Les mesures annoncées par la
Commission européenne et validées vont dans
le sens d'une régulation d'un secteur économique
maritime où les dogmes du libéralisme ont sombré
par 120 mètres de fond. Tout reste à faire pour
que le droit international supplante ce laxisme générateur
de pollution récurrente et dévastatrice.

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