Santé. La nocivité du portable et de ses relais en question.
Des toits sans loi


Alors que leur innocuité n'a toujours pas été démontrée, l'installation d'antennes relais ne fait l'objet d'aucune réglementation spécifique. Une campagne de sensibilisation a été lancée hier par plusieurs associations.

Un an qu'Anne Le Morvan doit supporter ce " bloc de ferraille " installé à quelques encablures de sa fenêtre. Locataire d'un appartement dans le 14e arrondissement de Paris, c'est presque par hasard qu'elle apprend, le 2 décembre 1999, le projet de son propriétaire d'accepter l'implantation d'une de ces antennes relais, indispensables au bon fonctionnement des réseaux de téléphonie mobile. Etonnée par le procédé, la présidente de l'Association des locataires de l'Assistance publique (ALAP) entreprend alors de sonder ses voisins. Personne n'est au courant de l'affaire. Informés, 62 % des locataires interrogés s'opposent alors à ce que l'antenne, qui a déjà été installée mi-décembre 1999, ne soit mise en service. Et ce malgré la rémunération annuelle de 30 000 francs promise par l'opérateur, en l'occurrence Bouygues Télécom. Simple contretemps, se dit alors ce dernier, qui double la redevance et demande une contre-enquête au gestionnaire des lieux, la Régie immobilière de la Ville de Paris. Le dépouillement des bulletins doit intervenir ce jeudi, mais, selon Anne Le Morvan, le résultat ne fait guère de doute : ce sera non !

Le problème, c'est qu'il ne s'agit là que de l'opinion de locataires. Leur seul pouvoir en la matière est de faire pression sur les vrais décideurs, à savoir les propriétaires. Phénomène récent mais en pleine expansion, le développement des réseaux de téléphonie mobile ne fait l'objet d'aucune réglementation spécifique ni d'autorisation préalable. Tout juste les opérateurs sont-ils tenus d'obtenir un permis de construire quand leurs installations au sol dépassent 100 m2 de superficie - ce qui est très rare - et d'afficher une déclaration de travaux quand l'antenne excède douze mètres de hauteur. Autant dire que les contraintes sont minimales. " Le processus est toujours le même : c'est le grand secret ", s'insurge Jeannine Le Calvez, la présidente de l'association PRIARTEM (Pour une réglementation des implantations d'antennes relais de téléphonie mobile), qui participe à la campagne de sensibilisation lancée hier par Agir pour l'Environnement et la Confédération du logement et du cadre de Vie (CLCV). " Ce que nous demandons, ce sont des normes claires, qui protègent aussi bien l'environnement visuel de nos concitoyens que leur santé. Car le développement de la téléphonie mobile ne doit pas se faire au détriment de la qualité de vie. "

Chargé de faire le point sur les connaissances scientifiques en la matière, le rapport du professeur Denis Zmirou, remis le 16 janvier dernier au ministère de la Santé, se veut rassurant. " Avec un recul de cinq à dix ans depuis l'apparition des portables, les études disponibles, tant sur les hommes que sur les animaux, ne permettent en aucun cas d'établir un risque de cancer du cerveau ", précise le texte final du groupe d'experts. En revanche, les rayonnements émis par les antennes relais et les téléphones eux-mêmes peuvent avoir des effets biologiques, comme des modifications de l'électroencéphalogramme, des pertes de mémoire et de concentration, ou encore des maux de tête. " Ce sont des manifestations biologiques qui traduisent une réaction du corps. Ça ne veut pas dire qu'il y a un effet sanitaire ", tempère d'ailleurs le Pr Zmirou.

Dans l'attente d'études épidémiologiques plus précises, les associations invoquent le principe de précaution et demandent notamment la création de zones d'exclusion, à proximité des zones d'habitation, écoles, crèches, maisons de retraite et hôpitaux. Autre revendication : la publication d'une cartographie précise de quelque 30 000 stations déjà en service. L'urgence est là. Avec l'éclosion prochaine d'une nouvelle génération de portables (la fameuse norme UMTS), les besoins des opérateurs vont exploser. Il sera déjà trop tard alors pour s'interroger sur la nocivité de ces ondes qui nous entourent.

Alexandre Fache

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